La poulette et le baleineau qui tricote

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Le baleineau étant au repos forcé depuis quelques temps, le temps lui parait bien long. Plus de nage en eaux troubles, plus de sauts en famille, plus de plongeon entre chéris…le spectacle du cétacé échoué sur son canapé rivage est quelque peu navrant. Il a la nageoire défaite, l’aileron frippé. Il commence même à prendre quelques atttitudes vicieuses (comme se laisser lentement couler de désespoir devant « Une famille en or », tous les soirs, en jogging et veste polaire…). Il faut lui trouver très vite des occupations dignes de ce nom avant que sa couleur naturelle de peau (blonde) et son état actuel  ne grillent définivitement ses derniers neurones restants.

Mordue du tricot, la poulette se dévoue donc pour lui en apprendre les rudiments.

Et crois-en la poulette, le baleineau qui apprend à tricoter, c’est un évènement planétaire (t’as déja vu un baleineau avec des aiguilles au bout des nageoires? non? ben c’est pô triste!). De ceux qui ne se produisent qu’une fois par siècle. De ceux pour lesquels on en réfère à l’ASN – l’Autorité de Sûreté Nucléaire – . En plus, ces jours-ci, c’est inspection…faut tricoter filer droit.

Le baleineau a un repose-pelotes intégré, qui lui va de dessous la poitrine nageoire avant à la poupounette nageoire caudale. Pratique pour tricoter! (il a fait l’investissement il y a quoi…environ 7 mois?…c’était une vente flash, une offre  « demain chez vous » …il s’est équipé en 2 temps, 3 mouvements. A l’installation, il a eu un peu de mal à s’y habituer, mais maintenant il s’en accommode à merveille).

Etape n°1 : monter les mailles (toi aussi, apprends à compter avec le baleineau!). Pour cela, un petit jeu de doigt habile avec le fil…et hop! Au début, c’est ardu. Le baleineau est pataud . Il a la précision d’un cachalot. Mais il est persévérant.

Etape n°2 : apprendre à tricoter le point avant. Le baleineau est tellement concentré qu’il en est crispé (hey! faut s’détendre de la maille, un peu!)…au bout de quelques rangs, tout fier, il montre son travail à la poulette, qui inspecte…problème : on ne sait trop pourquoi, on ne sait trop comment, il a rajouté une douzaine de mailles au nombre initial. L’air de rien, en plus! (trop fort, ce baleineau!). La poulette est cruelle. Son verdict est sans appel : on recommence à zéro. Le baleineau a le corps coeur gros. Il ne veut pas voir ça. Il se cache les yeux avec sa nageoire. Le soir qui suit, il réitère. Mais il galère. Il fait et défait son ouvrage, en vain…son aileron s’entortille dans ses aiguilles. De la fumée sort de son évent…il envoie une fusée un sms de détresse à la poulette, qui lui recommande de reprendre plus tard, à nageoire reposée.

Etape n°3 : apprendre à tricoter le point envers. Le baleineau est tout excité. Il frétille des aiguilles. S’étant appliqué, il a enfin réussi à obtenir un résultat PARFAIT. Il est donc prêt pour la suite. La poulette explique la technique : tu prends la maille par derrière, tu passes au dessus, puis tu la lâches (non, c’est pas sexuel!!! t’as ENCORE les idées mal placées!!!…ceci étant, la poulette se fait secrètement la réflexion qu’après des jours d’abstention forcée, ça parlerait peut-être bien au baleineau…?!).  Au bout d’un moment, le miracle se produit : le baleineau a compris. Il se détend. Il fait même des « Yeah iiii Yeah iiiii Yeah » sur One direction en passant ses mailles. Il faut dire qu’en peu de temps, il a développé une habileté impressionnante. Il a trouvé son rythme de croisière. Il gère.

Ce soir-là, quand la poulette quitte le baleineau, elle rend son rapport à l’ASN : tout va bien, on a échappé à la catastrophe. Les pressions sont redescendues, la situation est sous contrôle. On est à l’abri du danger. Elle se permet quand même de préciser que si tout allait bien lors de sa présence sur les lieux, elle décline toute responsabilité quant à ce qui pourrait se produire après son départ du site.

Conclusion du rapport : le baleineau qui tricote, ça dépote! 😉

Ndlr : en vue de la rédaction de ce billet, la poulette a dû réviser l’anatomie de la baleine (même qu’elle est persuadée que toi, tu savais même pas qu’le trou qui sert à la baleine pour respirer, ça s’appelle un « évent »…avoue!!!). Oui oui, tu peux souligner l’effort.

 

 

 

Joyeux anniversaire, le coq!

Aujourd’hui, le coq a 34 ans. 34 ans, et toutes ses dents (oui, le coq de la poulette, il a des dents…une objection?!).

Happy birthday, the coq! :)

Le coq se dit peut-être que la poulette est avare de poussin. Ca fait 2 ans qu’elle lui promet un poussin, et qu’il ne voit toujours rien venir…c’est vrai, le coq. Mais tu ne croyais quand même pas, le coq, qu’avec une poulette qui ne fait rien comme les autres, ça allait être si simple?! non non non! (and I said, nooooo, nooooo, no’). 

Vois-tu, le coq, un poussin, ça se mérite. Il faut être bien sage, bien patient, bien persévérant (jusqu’ici, le coq, tu as tout bon…quoi que sur le premier point, on ne sait pas trop, en fait…) ; un poussin, ça s’aaaaatteend… (=voix chevrotante de vieille poulette croulante qui a déjà tant attendu…) ; un poussin, ça s’espèèèèèèèère… (=voix chevrotante+signe de croix+allumage de cierge+ouverture de missel…)

La poulette te transmet, le coq, que si elle te fait tellement attendre, c’est pour qu’il soit vraiment PARFAIT, ce poussin…(même qu’à ce tarif-là, il sera tout rose, tout beau, tout habillé, déjà propre et fera déjà ses nuits…ouaip!).

Alors QUAND, COMMENT, POURQUOI, ça, la poulette, elle ne sait pas…(si quelqu’un sait…qu’il parle…ou se taise à jamais!)

Mais ce jour là, le coq…ça sera tellement bon…que tu seras comme un coq…en pâte.

 

Pourquoi la poulette fait son blog

Depuis qu’elle est concernée par l’infertilité, la poulette se fait beaucoup de plumes blanches. Parce que l’infertilité, c’est un peu une usure prématurée. Une forme particulière d’arthrose.

La poulette a de l’arthrose des pattes. Elle qui était une poulette musicienne a les doigts rouillés…son piano s’est tu, au fur et à mesure que la partition de l’espoir devenait difficile à déchiffrer.

La poulette a de l’arthrose du cerveau. Son traitement actuel n’est pas efficace. Depuis 2 ans, son esprit est comme ankylosé. Parfois, ça pèse même sur les articulations voisines (« relations », « boulot »…). Elle a tenté plusieurs infiltrations jusqu’ici, mais ça ne dure qu’un temps, le mal revient toujours. En cours de route, elle en a perdu certaines connexions ( comme celles de la visibilité à moyen et long terme, de l’estime de soi, de la prise de recul, de son identité de femme poulette,  de son aptitude au bonheur…). Le problème, c’est qu’elle ne peut se résoudre à supprimer définitivement la partie malade de son cerveau…elle ne serait plus elle-même.

La poulette a de l’arthrose du coeur. Elle a du mal à gerér ce qu’elle ressent (des fois, elle en a même honte). Ca fait très mal à la mobilisation. Du coup, elle a placé une camisole autour, pour protéger autrui, pour se protéger elle-même….elle s’est éloignée de certaines personnes qu’elle apprécie, parce qu’elle a l’impression d’évoluer dans un autre monde, un monde à part, qu’elle ne peut partager avec elles. Parce qu’il y a dans ce monde-là trop de questions, trop de doutes, trop de larmes, trop d’impuissance, trop de colère, et qu’elle a peur de leur jeter, involontairement, ce « trop » à la figure…à elles qui n’y sont pour rien, mais à qui elle en veut un peu, quelque part, d’évoluer dans leur monde plus doux, plus beau.

Quand la poulette décide de faire son  show blog, elle est bien consciente que c’est une démarche très narcissique. Elle est bien consciente que ça peut étonner, voire déplaire. Elle est bien consciente qu’on peut peiner à comprendre l’énergie surhumaine qu’elle déploie dans cette quête désespérée, et celle qu’elle n’a, par conséquent, plus (ou moins) pour le reste.

Mais au delà de ça,  en mettant des mots sur tout ça, la poulette y voit une manière d’exorciser tous ses démons, de casser le malaise, pour essayer de garder la tête hors de l’eau. Parce qu’elle a beau être une bonne nageuse, faire la maline sur sa planche de métaphores, user de sa bouée de sarcasmes et de calembours, faut pas croire…y’a des jours où elle est à deux doigts de se noyer. L’infertilité, c’est hardcore. Une des transats les plus hardcore qu’elle ait connues (pourtant, en matière de hardcore, elle a déja eu sa dose. Elle pensait naivement que c’était fini).

Au delà de ça, c’est une façon d’expliquer, par moyen détourné, de répondre pudiquement aux questions qu’elle n’a plus la force d’accueillir…une manière de faire un pas vers l’autre…vers l’amie couveuse qu’elle a fui parce  qu’elle ne voulait pas lui infliger le spectacle désolant de ses larmes face à son ventre rond vers celle qu’elle n’a pas essayé de voir depuis plus de 2 ans parce que sa couvée proliférante et adorable lui rappelle son incapacité personnelle à couver ; vers celles, qui sont plus loin, et qu’elle ne rappelle plus, parce qu’elle n’a plus le courage ni l’envie de leur avouer les (non) évolutions de son poussinage laborieux… ; vers la collègue sur laquelle elle a froidement tiré un rideau depuis l’annonce de sa couvaison parce qu’elle a été la dernière, la couveuse qui fait déborder le vase…vers l’ancienne collègue qui, sur un chemin similaire, a eu la chance d’emprunter un raccourci qu’elle même ne parvient pas à trouver…vers le coq qui, malgré tous ses efforts, ne saisit probablement pas toujours ce qui peut se passer dans sa tête…et bien-sûr, vers la p’tite bouille qui navigue avec elle au quotidien, mais doit avoir parfois tant de mal à suivre le cap.

Alors, évidemment, ça n’excuse rien. La poulette le sait. Elle a des torts. Elle a un travail à faire sur elle-même…mais ce blog, pour la poulette, c’est déja un petit début. Un tout petit début de quelque chose.

 

C’est risqué, la vie de poulette

On ne croirait pas, mais si. On frôle la mort à chaque instant.

Hier soir, juste en sortant de chez la p’tite bouille (sa meilleure amie, tu suis?!), vers minuit, la poulette est interpellée par des cris chelous, quelques mètres en face. Stridents. Aigus. Du jamais entendu. Ca faisait à peu près : « kai kai kai kai », avec un bruit de grosse baston en arrière plan. Intriguée, la poulette traverse la rue pour voir de quoi il retourne. Dans la pénombre, elle aperçoit 2 formes qui s’agitent. Elle a la chair de poule (normal! c’est une poulette!). Elle s’approche. La bagarre prend fin. L’une des formes prend la fuite devant la poulette : un animal au pelage foncé, un peu long, avec une queue touffue (non! pas un homme! un ANIMAL, on a dit! t’as les idées mal placées!!!). Qui ressemble à un furet, sauf que c’est beaucoup plus gros. A un écureuil, sauf que c’est encore plus gros. Une fouine?! (forcément la poulette a immédiatement appelé la CIA p’tite bouille pour l’avertir du danger imminent. A cette heure-ci, la p’tite bouille a revêtu son imper, attrapé son calepin et, loupe en main, elle est sur le terrain, où elle mène une enquête sur ledit animal).

Après la bataille de fouines-belettes-martres (désolée, la p’tite bouille n’a pas encore les résultats des empreintes ADN), la poulette reprend sa route. 100m plus loin, une TARENTULE descend en rappel au bout de son fil (les cours d’escalades sont nocturnes pour les tarentules), NOIRE, HIDDEUSE sur le fond blanc d’une porte de garage. Effrayée, la poulette effectue un entrechat d’un style contestable, tandis qu’un son fleuri sort de son bec. Ca fait à peu près : « Oh put*!@¤#! » !!!

Ce matin. En rentrant de sa (1257 ème) prise de sang. La poulette marche tranquille derrière des collégiens. Attaque de pigeon myope (après les lapins crétins, le pigeon con). Arrondissement de dos, mouvement de tête funky pour éviter le projectile. Les collégiens crient un truc qui fait à peu près : « azy, là!!! » en se retournant pour suivre le volatile bigleux des yeux (le plus grand, dont le crâne a servi de pré-piste d’atterrisage, a les cheveux dressés comme dans les pubs Vivelle Dop). La poulette pense : « p!!! mais kesss ki aif, la-uissss?!!!!!! »*. Les collègiens et la poulette se regardent. Hilarité générale.

Non, vraiment, c’est risqué, la vie de poulette.

* Ndlr : traduction : « mince, mais qu’est-ce qu’il fait, celui-là? »!

Ndlr Bis : pour les news, consulter le billet « Fivera, fivera pas ».

Ndlr Ter : la poulette est inquiète. Ce matin à la 1ère heure sur Facebook, la p’tite bouille lui a envoyé la photo d’une fouine et lui a demandé, en commentaire, si la fouine mettait le chocolat dans le papier d’alu…(les empreintes ADN n’ont rien donné, elle ne la croit pas…pourtant, la poulette l’a vue, de ses yeux vue!!!). La poulette a peur de finir en hôpital psychiatrique.

Ndlr Quater : la poulette est allée voir « fouine » sur Google Images. Elle trouve que sur la 5ème image en partant de la gauche, on dirait la p’tite bouille quand elle est vé-ner. La ressemblance est frappante. A la différence que la p’tite bouille est allée chez le dentiste récemment pour un détartrage.

La poulette et le p’tit monsieur de la Porte Maillot

Quand on est pris dans la spirale infernale de l’AMP, le quotidien n’est pas tendre. La poulette le sait bien.

Les repères ordinaires sont faussés. La poulette, par exemple, en a presque oublié que dans la vie normale des gens normaux, on se fait du bien, et on a un bébé…parce qu’en AMP, on se fait du mal, et on n’a pas de bébé.

Les mots anodins sont assassins. La poulette, par exemple, en a presque oublié que dans la vie normale des gens normaux, l’annonce d’une grossesse chez une connaissance, qu’elle soit proche ou non, est un évènement heureux…parce qu’en AMP, à chaque fois, cette annonce, c’est celle d’un deuil, celui du rêve d’un enfant conçu comme tout le monde. Aussi vite que tout le monde. Aussi facilement que tout le monde. Dans la même intimité que tout le monde. Mais non.

Les émotions ordinaires sont décuplées. La poulette, par exemple, en a presque oublié qu’avoir ses règles, dans la vie normale des gens normaux, c’est pas l’apocalypse…parce qu’en AMP, c’est Tchernobyl, Katrina, Fukushima, l’Erika, le Tsunami, la Shoah et le 11 Septembre réunis, à puissance 1000.

Du coup, il faut trouver des subterfuges, rivaliser d’astuces pour retrouver un peu de douceur dans le quotidien.

Aussi, quand Violette la poulette, en période de bourgeonnement intensif, court, vole, nage (si tu vois passer une fusée violette et que tu as les veuch’ qui se dressent sur ta tête comme dans les pubs Vivelle Dop, nul doute, c’est elle!) un jour sur deux, à l’aube, vers son labo à l’autre bout de Paris (parce que quand t’as du aller au bout du monde à cause d’un jour férié, après, t’es coincée là jusqu’à la fin! petite veinarde!), sans avoir préalablement avalé son engrais café du matin (café pas pris, taux pourri?…), le fait de savoir qu’elle va croiser, sur son chemin, l’échoppe du p’tit monsieur de la Porte Maillot, c’est déja de la douceur. Le fait de sentir, sitôt sortie de la rame du métro, les effluves de ses viennoiseries juste sorties du four, c’est encore plus de douceur. Le fait d’arriver à la bonne sortie, de passer devant et de savoir qu’elle s’arrêtera au retour, c’est une extrême douceur. Le fait de revenir 1/4 d’h plus tard, mission accomplie, avec 2 litres de sang en moins (suite à son speed dating avec un vampire aseptisé), au bord de l’apoplexie (le film de sa vie qui défile, la lumière blanche au bout du tunnel, l’âme qui flotte au dessus du corps, blablabla…), réfléchissant déja à son épitaphe, et de pouvoir mettre ses mains glacées de mal b… (rhhooo!) réveillée autour d’un gobelet fumant , c’est 1 tonne de douceur. Puis enfin, le fait de trouver en même temps sa viennoiserie préféree, le chausson, mais…A LA FRAMBOISE, le goût de ses années étudiantes à Nanterre…c’est comme une madeleine de Proust : 16 ans de moins, de la douceur  à l’état pur.

Après l’effort, le réconfort.

Merci le p’tit monsieur de la Porte Maillot.

Fivera ou fivera pas, la poulette?

Avril 2013.

On l’a attendu, il est arrivé, Avril…avec son vent frais, son soleil frileux, et ses petites pluies fines…il a amené avec lui de l’espoir : celui d’un nouveau traitement, d’un nouveau protocole, d’une nouvelle chance…le coq semble patient et posé. La poulette est fébrile. Elle garde au chaud dans son ovaire droit la date du début du traitement, et dans l’ovaire gauche, celle, approximative, de la FIV…elle a organisé un communiqué de presse  alerté Interpol tout noté sur son agenda, exécuté une pirouette habile pour poser les jours qu’il faut au boulot (elle remercie, d’ailleurs, au passage, le baleineau, qui a fait exprès de contracter juste au bon moment)…au taquet, Violette. Au taquet, la poulette.

14 Avril. Début du protocole de « désensibilisation » (on shoote l’hypophyse, on met les ovaires au repos…). Le traitement se prend par voie nasale (un petit « sniff » à droite le matin, un petit « sniff » à gauche le soir…). Bouffées de chaleur et maux de tête tapent l’incruste à la maison (dédicace à la p’tite bouille : « azy, ils croivent c’est porte-ouverte, ou quoi? » -tchiiip- ;)). La poulette est comme ménopausée.

17 Avril. Consultation avec l’anesthésiste à Neuilly. Done. 10 minutes chrono. Délestage d’une somme rondelette au passage…(enfoirés). La poulette est ruinée.

29 Avril. Après 15 jours de traitement, première prise de sang, puis rendez-vous chez Dr FIV pour une échographie de contrôle. A la prise de sang, des hormones qui roupillent…chouette, c’est ce qu’on voulait. A l’écho, des ovaires qui roupillent…chouette, c’est ce qu’on voulait. La poulette est téléprogrammée.

Mai 2013.

« En Mai, fais ce qu’il te plait »… ouais. Vite fait. La poulette pourrait disserter longuement sur la notion subjective de plaisir, le fait que, dans le transpercement de l’aiguille à travers le gras de ses plumes chaque jour, il y ait une jouissance très discutable, sauf si on est une perverse à tendance masochiste…mais bon, là tout de suite, non. La poulette n’est pas d’humeur.

2 Mai. La poulette continue à sniffer…elle sniffe dans l’métro, elle sniffe dans la rue, elle sniffe dans son lit, elle sniffe au boulot…et en plus de ça, elle va pouvoir se piquer maintenant! Après la coke, l’héroine! Passez-lui un garrot. La poulette est une toxico.

6 Mai. Prise de sang. Premier contrôle après 4 jours d’injections. Oestradiol à 30. Scrogneugneu. Bon, c’est que le début. On va être patient. On va dire qu’il a posé des rtt pour faire le pont. La poulette est indulgente.

8 Mai. Jour férié. ô joie des jours fériés, un seul laboratoire ouvert dans tout Paris…la poulette traverse la ville…tout ça pour un taux pourri. Y’a pas bon. Ca dort là-dedans. NON MAIS ALLO !!!!!!!!!!!!!! T’ES UN OESTRADIOL ET TU MONTES PAS!!! ALLO, QUOI!!!!!!!!!!! (ndlr : celle-là, elle aura une durée de vie limitée, faudra l’éditer). Selon Dr FIV, la poulette fait une résistance au traitement de désensibilisation (le sniff), qui est trop fort pour elle. Le problème, c’est que si on l’arrête, on va définitivement tout foirer. Et qu’il n’existe pas de sniff moins dosé. On est coincés. La FIV est compromise. Vade retro, satanas! . La poulette se demande comment sniffer de sorte de n’avoir qu’une demi-dose de sniff…se greffer des poils du nez pour faire barrage? sniffer d’un certain angle?…(crayon, parchemin poussiéreux, pendule, bave de crapaud, incantations, schéma, compas, rapporteur, neurones qui fument…?#{^@~*§-?!). Pas trouvé. Jamais été matheuse, d’t’façon. La poulette est dépitée.

10 Mai3ème contrôle. Sortie de nuit de boulot. Tronche enfarinée. Mais…du mieux. Taux à 155. L’oestradiol ouvre un oeil. Echographie avec Dr FIV l’après-midi : l’ovaire gauche s’étire en baîllant nonchalemmant (tronche enfarinée comme sa proprio…il travaille de nuit, lui aussi?!), il prépare son p’tit-dej, tranquille (toastés, les follicules?). L’ovaire droit roupille toujours, il a l’endométriose la gueule de bois (trop fait la teuf le cycle passé., plus d’son âge). Ok. Dr FIV décide de réveiller ces mous du genoux à coup de vuvuzela dans les oreilles (on augmente les doses de stim, rhhooo, faut suivre, un peu !!!). La poulette est sourde.

13 Mai. 4ème contrôle. Taux à 539. Yihaaa. L’oestradiol est levé, il a même pris sa douche. Non, il est pas encore rasé (faut pas pousser). 19h55 : appel de Dr Fiv pour la suite des festivités. Echographie demain à l’heure du déjeuner (la poulette a du faire préciser les choses par la secrétaire de Dr FIV…quand on travaille de nuit, qu’on croque ses tartines à 15h…on n’sait plus vraiment comment on vit, y’a plus d’saison, ma pôv’ dame!)…on envoie une notification sur Facebook aux ovaires pour qu’ils soient à l’heure et présentables. La poulette est en apnée.

14 Mai. 5ème contrôle.  Déjeuner d’affaire. La poulette a un régime spécial. Elle est sonde-d’échographi-enne. C’est tellement plus savoureux. Surtout quand c’est bien  lubrifié assaisonné. En entrant dans le -biiiiiiiiiiiiiip- restaurant, ce midi, elle et Dr FIV aperçoivent tout de suite les ovaires, qui les attendent au fond. L’ovaire gauche est apprêté, il a fait un effort, mais il a des cernes. L’ovaire droit est toujours à la traîne…il s’est levé difficilement…on voit encore les traces de l’oreiller sur sa joue. Dr FIV joue franc jeu : il veut bien les garder dans son équipe, mais il va falloir qu’ils soient un peu plus sérieux. Trop de retard accumulé ce mois-ci. La campagne « FIV » leur est retirée. Dr FIV conclut en leur disant qu’ils devraient prendre exemple sur leur collègue (un certain Oestra Miol, Fiol, Diol…truc comme ça) qui, après des débuts très laborieux, commence à bien s’intégrer. D’ailleurs, la poulette a rendez-vous avec ce dernier pour faire le point demain matin. Si ses chiffres sont bons, (au moins 1000) elle négociera peut-être pour lui un CDI. En sortant du déjeuner, Dr FIV confie à la Poulette qu’il pense à un autre projet, plus soft, pour les ovaires, et qu’il la rappellera demain pour lui en parler. Ainsi, elle pourra lui raconter l’entretien du matin avec Oestra-machin chose. La poulette se dit que, quand même, à notre époque, y’en a des assistés…c’est fou, ça. Regarde les ovaires. Nourris, blanchis, un logement de fonction…et même pas capables de faire leur taf correctement. La poulette est trop blasée.

15 MaiEntretien avec l’Oestradiol. La poulette a reçu le chiffre tout frais du matin : 1427. Good job. Dommage que ses coéquipiers n’aient pas suivi son rythme. Mais quoi qu’il en soit, la poulette est très fière de lui (continuez comme ça, Mr Diol. On aura une grande mission à vous confier le mois prochain). Poignée de main. Accolade. Fin de l’entretien. Un peu plus tard dans l’après-midi, débrief avec le boss : lui aussi est très content. Même si la campagne FIV a été abandonnée, il mise beaucoup sur Diol le mois prochain. Par contre, concernant le plan B pour les ovaires, n’étant pas sûr de lui, il préfère mûrir l’idée encore un peu. Il développera en temps voulu. La poulette reste sur sa faim.

Fivera donc pas, la poulette. Pas encore pour cette fois. Rendez-vous en juin, ou en juillet, ou en août…retour à la case départ. Merci, au-revoir.

Chronique d’une poulette en Amp

L’AMP (Aide Médicale à la Procréation), c’est un autre monde. Une autre planète. Un long voyage.

Quand tu prends ton billet, l’arrivée à destination est incertaine. Tu ne sais jamais combien de temps le trajet va durer. Tu ne sais jamais qui seront tes voisins de parcours (ni même si tu en auras), si les sièges seront confortables ou si tu vas souffrir de partout, s’il y aura une voiture-bar pour reprendre des forces à mi-chemin, s’il n’y aura pas, en cours de route, une panne technique de la locomotive ou un problème sur les voies…en général, tu pars à 2 (avec un coq, le plus souvent…ou une autre poulette, c’est comme on aime!), mais le trajet étant éprouvant, tu n’es jamais sûre d’arriver au bout ensemble.

Au début, donc, la poulette part un peu malgré elle. Elle arrive à la gare le coeur serré. Elle sait qu’il faut prendre ce train, mais elle a toujours du mal à comprendre et à accepter d’avoir à prendre le TER omnibus et non le TGV. Elle est restée tant de fois sur le quai, à regarder les autres poulettes monter dans le TGV…elle, elle avait acheté son billet il y a bien longtemps, bien avant toutes ces poulettes…et la date limite d’utilisation du billet est bientôt atteinte. Elle sait que si elle ne monte pas à bord, elle perdra son billet. En plus, c’est une édition limitée, elle ne pourra pas en racheter d’autre. Alors elle grimpe. Elle s’installe côté fenêtre, parce qu’elle a besoin de voir et savoir ce qui se passe. Elle sait qu’il  y aura beaucoup d’arrêt, mais elle n’est pas au bout de ses surprises.

1ère halte, Délai d’attente.  Interminable. La poulette a bien cru que le train ne repartirait jamais de là.

2ème halte, Examens. Le coq découvre les joies de la parade en laboratoire ; la poulette, celle des prélèvements de plumes et autres parties du corps (que même, on peut te prélever des trucs que tu soupçonnerais pas…). Puis les écho endovaginales…bon, ça fait pas mal…mais ça fait pas de bien non plus…dommage! on aurait pu joindre l’utile à l’agréable! (elle fait vibreur aussi, vot’ sonde? ah non?!). Et si la poulette est vraiment ULTRA chanceuse, le top du top, la cerise sur le gâteau, le clou du pestacle, comme dirait sa meilleure amie, elle aura le droit à l’écho endovaginale…PENDANT LES REGLES!!! gloup’sss!!! (« Réserve ovarienne », qu’ils appellent ça…c’est pour voir si la poulette est pas encore trop périmée pour fabriquer des oeufs…). Enfin, l’hystérosalpingographie…(ça, c’est pour voir si les oeufs de la poulette peuvent passer dans ses trompes…t’as déja vu une poulette à poil plume sur une table de radio avec un liquide mutant radio-opaque dans l’ventre? non? ben c’est pô triste!).

3ème halte, Enterrement de la pudeur. Passée la 2ème halte, après 4 gynécos différents, des mots tabous « détabouisés », diverses prises de bec « fluides », et une topographie intégrale de ses organes internes, la poulette n’est plus farouche. Elle est même capable de tenir une conversation cohérente le plus naturellement du monde, toutes plumes et poupounette à l’air, et ce dans des positions improbables.

4ème halte, Passage du dossier au staff d’AMP« . Pffffiou, rapide, celle-là. Cool.

5ème halte, Délai d’attente. Zut, déja vu ce coin…on n’est pas déja passés par là? on s’est perdus?!

6ème halte, Inséminations intra-utérines. C’est sympa, comme endroit. La poulette et le coq se disaient même qu’ils s’arrêteraient peut-être ici, en fait…ils pensaient pouvoir visiter un peu, voir s’ils y trouvaient ce qu’ils cherchaient. Mais le contrôleur leur a demandé de revenir car leur temps sur place était écoulé. La poulette et le coq ont beau avoir insisté 4 fois auprès de lui, rien à faire. Ils sont remontés à bord.

7ème halte, Perte de confiance. Un arrêt très désagréable. C’est moche par ici. Après leur visite manquée de la halte 6, la poulette et le coq sont un peu déçus. La fatigue s’accumule. Le moral baisse. La poulette se demande si elle est assez endurante pour aller jusqu’au bout du voyage. Elle doute de ses propres capacités. Elle se sent heurtée dans sa poulettignité, blessée dans sa poulettinité.  En plus, elle est trop mal installée. Elle sature. Surtout quand le contrôleur leur apprend que suite à une anomalie matérielle, les voitures de 2ème classe risquent de devoir refaire un détour par la halte 5…elle prend la décision de payer un supplément pour passer en 1ère classe. Le coq la soutient.

8ème halte, 6ème gynéco (oui, 6, entre temps y’en avait eu un 5ème pour les insés…c’est bien! tu suis, cette fois!). Changement d’équipage. Passage en 1ère classe. Privé : 1. Ap-hp : 0. Halte de réapprovisionnement. La locomotive fait le plein, on vérifie les moteurs et les roues. Le train est surchargé. Les voyageurs sont invités à se séparer de leurs dossiers médicaux épais comme un botin bagages superflus et à vidanger toutes leurs énergies négatives. On leur remet un laisser-passer pour la prochaine halte, dont l’accès est strictement règlementé .

9ème halte , FIV. Un arrêt mal connu. Dans une zone truffée de pirates. Il n’a jamais été répertorié sur aucune carte. Il se transmet en secret, de génération en génération. On n’en parle qu’à voix basse…d’aucuns racontent qu’on ne peut y aller que 4 fois, au delà on ne saurait trop dire… il paraitrait même qu’on n’en reviendrait pas…d’autres murmurent que si, par miracle, on en revenait, on en reviendrait plus fort, et parfois aussi (si on était vraiment une poulette et un coq warriors)…avec un trésor…mais chut!

Ndlr : notre dernier signe de vie de la poulette provient d’un point situé entre la halte 8 et la halte 9. A ce jour, nous ne savons pas si elle est arrivée à la halte 9, ni même si elle est encore en vie. Pas de nouvelle du coq non plus. Pas de revendication des pirates pour le moment. Toute personne susceptible d’avoir des informations à ce sujet est invitée à les communiquer de toute urgence. Récompense assurée.

 

La meilleure amie de la poulette

Aux premiers balbutiements de ce blog, il serait impossible à la poulette de poursuivre sans dédier un billet à cette personne si chère à son coeur, qui porte le surnom de « p’tite bouille ».

Il est parfois des rencontres inattendues, presque hasardeuses, qui débouchent sur des amitiés fortes et sincères. Ca tient à peu de choses. Une voix, une passion, des voyages…

Mais quand l’Est rencontre le Sud et l’Ouest réunis, quand la sagesse rencontre la folie, quand le nuage rencontre le soleil, quand la tristesse rencontre le sourire, c’est une vie entière qui s’en trouve changée.

A toi qui m’accompagnes depuis tout ce temps, qui m’as soutenue dans le pire, et attends avec moi le meilleur ; toi à qui je voue une affection et une tendresse infinies ; toi à qui je dois toute mon ouverture d’esprit, toute ma jeunesse d’esprit ; toi qui as fait et fais de moi une plus belle personne ; toi avec qui je parle verlan, avec qui je ris des pubs Oasis, toi qui la connais, la douleur, du doigt de pied cogné dans la table…

Ma gratitude à ton égard est ineffable. Je t’aime dans ton énergie, dans ta gourmandise, dans ton  » extrêmitude « , dans ton autodérision, dans ta « têtise » (têtue, bêtise… 😉 ). Merci pour ton amitié, ta complicité, ta fidélité, ta loyauté, aujourd’hui ici, demain peut-être ailleurs…parce qu’il faut savoir laisser partir les gens qu’on aime, quand le temps est venu, et que je te soutiens et te soutiendrai dans tous les choix que tu feras, vers ton bonheur à toi.

Je te dédie, à travers les pages de ce blog, même si je n’ai pas ton talent, l’une des choses que tu manies à la perfection, et dont tu fais ton arme la plus précieuse dans la vie : l’humour.

 

Les « essais » de la poulette

Pendant plus d’un an, tous les mois, sans relâche, ils vivent au rythme des « essais »…plus de vacances, plus de week-end plannifiés à l’avance…impossible. Elle, scruttant, chaque cycle, les signes envoyés par son corps, devenant une experte de la glaire cervicale (!), une pro des tests d’ovulation, le cerveau fonctionnant plus en « J11- J12 – J13- J14 » qu’en jours du mois, jonglant entre les nuits de travail et les périodes propices aux « essais »…lui, écumant les sites internet à la découverte du fonctionnement fascinant de l’appareil reproducteur féminin, et à la merci du sms sur son téléphone portable qui lui dirait : « c’est positif! c’est le moment! »…la valse glamour des p’tits pots et de la pipette…chez elle, chez lui…à midi, et à minuit…(au soleil, sous la pluie…;) )…puis, à chaque fois, les 2 semaines suivantes, l’attente infernale, le doute, l’espoir, le « psychotage »…et finalement, au bout du compte à rebours…l’éternelle cruelle déception. Rouge vif, la déception.

Après plus d’un an d’essai, autant de « ça va venir, y’a pas de raison » « faut l’temps qu’ça prenne », des remèdes de grand-mères, des « techniques » diverses (non, vous voulez pas VRAIMENT savoir…?!!), plusieurs bilans hormonaux (papiers en règle, circulez, tout va bien), une hystérosalpingographie (trompettes perméables, tout va également bien), de multiples échographies endovaginales (entrez! c’est porte-ouverte!…tout va toujours bien), un nouveau spermogramme (allez les petits, aujourd’hui on part en balade!…tout va encore bien), et 3 tests de Hünher (négatifs, le gros mystère des spermatozoides fantômes…là ça va plus très bien…)…après tout ça, la seule conclusion à tirer est tirée : ça ne vient pas, et ça ne viendra pas. Il va falloir changer de stratégie.

Comment la poulette s’est jetée à l’eau

Tout commence en 2011 lorsque, lasse d’attendre le coq charmant, de plus en plus dévorée par l’urgence de devenir mère, la poulette décide de se lancer dans un projet qu’elle mûrit depuis bien longtemps : celui d’avoir un enfant avec un coq qui ne serait ni son « amoureux », ni son amant, mais un « copapa-coq », un partenaire dans cette immense et merveilleuse aventure qu’est la parentalité. Alors elle s’inscrit sur des sites spécialisés, et elle commence à étudier des profils, à échanger avec des personnes intéressées. Sa démarche est claire et réfléchie, elle est déterminée, elle ne doute que du fait de trouver le « bon » partenaire.

La poulette et le coq se rencontrent un jour d’Avril 2011. Elle a 32 ans (et demi…), lui presque 31.  Elle se souvient qu’il est le 2ème. Avant lui, elle a rencontré un couple de coqs, sans avoir réellement le « feeling » ; après lui, elle rencontre quelques autres coqs, sans conviction, pour avoir des éléments de comparaison, être sûre de son choix…mais c’est un peu comme un « coup de foudre amical ». Sa meilleure amie, d’ailleurs, la conforte très vite dans son ressenti. Dès leur rencontre, elle sait qu’il est le bon. Posé, motivé, intelligent, responsable, à l’écoute…quelques similitudes dans leurs expériences de vie…quelqu’un de bien, et de bienveillant. Toutes les qualités qu’elle recherchait pour le père de son/ses enfant(s). Ils prennent quelques mois pour apprendre à se connaitre, passent quelques jours de vacances ensemble, font connaissance de leurs familles respectives…

Au mois de Septembre 2011, ils démarrent les examens médicaux (rendez-vous gynéco, bilan hormonal pour elle, spermogramme pour lui, sérologies diverses pour tous les deux…), elle attaque les tests d’ovulation pour surveiller ses cycles, et fin-octobre 2011, ils franchissent un 1er pas symbolique : le premier « essai » de conception de leur enfant, par insémination « artisanale » (un p’tit pot, une p’tite pipette…besoin d’un dessin?!).