Chronique d’une poulette en blouse blanche

Sa résolution de l’année étant de re-fiver, jusqu’à ce que mort s’en suive le succès vienne enfin couronner ses/leurs efforts, la poulette a repris allègrement les sniffades…et en attendant que ça bouge, elle s’occupe.

La poulette a rencontré récemment une sage-femme ostéopathe qui, au cours d’un rendez-vous « surprenant », lui a remis les idées bien en place…(et accessoirement, deux ou trois autres petites choses…). Elle projette de revoir Dr Acupuncture sous quinzaine, quand le temps sera venu de faire péter le champagne les premières injections…

La poulette a appris récemment que la formation qu’elle convoitait avait enfin été acceptée (ô miracle!), et qu’elle aurait donc la joie de partir en formation 3 jours fin-janvier, pour perfectionner ses connaissances/expériences de portage de poussins en écharpe et posséder enfin le titre de « Monitrice certifiée ».

En attendant, la vie continue à la maternité de la poulette.

Des jumelles naissent et restent 10 jours à la maternité parce qu’elles n’ont pas de maison où rentrer. Des jumeaux naissent et restent 1 mois dans son service parce qu’ils n’étaient pas attendus et qu’on ne sait pas si leurs parents sont capables de veiller à leurs besoins….(la veille de leur départ, la mère achève l’équipe en demandant si elle peut leur donner de la compote ou de la marmelade…). Une mère s’enfuit de la maternité sans son bébé parce qu’elle a peur de rentrer chez elle, auprès d’un mari pas très tendre. Des parents font la grasse-mat tous les matins et se soucient de leur bébé à partir de 17h seulement.

Et puis ces dernières semaines, la maternité de la poulette innove avec un concept exclusif : après la « Maternité amie des bébés »,  la « Maternité SANS LAIT ». Tu ne verras ça nulle part ailleurs. Plus de lait pour les bébés. Rien, nada, les tiroirs sont vides. C’est un peu comme une nouvelle version d’Halloween, mais en plein janvier : « Du lait ou la vie ». « Le sein, ou…rien ». En cette période de pénurie, c’est la guerre. Si par miracle, la poulette en blouse blanche met la main sur quelques flacons rescapés du précieux breuvage, elle les planque subrepticement dans ses poches/dans son vestiaire/dans un coffre-fort et les distribue avec parcimonie aux affamés qui braillent/hypoglycémiques qui défaillent plus nécessiteux. Et tant pis si les petits moustiques de 2 Kg sont alimentés avec le lait des gros poussins de 4 Kg. Et tant pis si la prescription médicale spécifiait que ce poussin-là devait recevoir ce type de lait-là…on lui donne ce qu’il reste. Personne ne cherche/trouve de plan B…mais le pire, c’est que personne n’a l’air de s’en soucier.

La « Maternité SANS LAIT », un concept VRAI. C’est inédit, c’est inouï, et c’est ici.

Et pour 2014, la maternité de la poulette planche sur un autre concept : la « Maternité SANS COUCHES ». (quelques week-ends de test déjà effectués en 2013).

La poulette fait le bilan de l’année 2013

Récapitulatif du palmarès (exceptionnel) de l’année :

– une bonne vingtaine de consultations chez le(s) gynéco(s)

– une bonne vingtaine d’échographies endovaginales

– 1 Irm pelvienne

– 7 stimulations hormonales

– 32 prises de sang

– x injections d’hormones dans les plumes (impossible de dénombrer…plus d’une centaine)

– 4 inséminations intra-utérines

– 2 Fiv, dont une « qui ne compte pas » (what the f*ck?!)

– 2 anesthésies générales

– 6 embryons, 2 enterrés in vivo, 4 autres morts in vitro

– quelques milliers d’Euros en moins sur le compte en banque

– quelques kilos et poignées d’amour en plus (merci les hormones)

– 1 transfert d’embryons

– 10 siècles d’attente

– 10 000 tonnes d’angoisse

– 1 million d’hectolitres de larmes

– une confiance en soi réduite à niveau -15

– 3 collègues (sur 5) enceintes, accouchées, puis mamans

– une p’tite bouille partie vivre à 584 années-lumière km de Paris…

– un corps et un cœur tout cassés

Premier commentaire. Version cash. Elle a les boules, la poulette. Et en cette fin d’année, elle n’a pas eu besoin de sapin pour les avoir. Elle en a plein l’c*l Lulu, la poulette. Oui, la poulette est grossière aujourd’hui, c’est comme ça (tu remarqueras au passage qu’elle met quand même des astérisques pour ne pas choquer tes yeux délicats, ami lecteur).

« 2013, année de la b**se »…alors, maintenant que tu l’as bien b**sée (ça c’est sûr, c’est fait), casse-toi, 2013, casse-toi très très loin, aussi loin que tu peux. Laisse 2014 prendre le relai, en espérant qu’elle fasse moins de la m*rde que toi…

Deuxième commentaire. Version soft. La poulette se souviendra longtemps de cet après-midi  d’Août 2013 , où elle quitta la chambre de maternité de sa dernière collègue fraîchement accouchée. De son cœur qui saigna quand elle referma la porte derrière elle, devenant à ce moment-là officiellement la seule « non-mère » de son équipe…elle se souviendra longtemps aussi de l’attente, de l’espoir, du chagrin ressentis lors de toutes ces tentatives échouées. Elle se souviendra longtemps enfin du coq qui s’accroche malgré tout, des amies qui veillent…

Le moment du passage à l’an 2014 fut douloureux et irrépressiblement (furtivement) larmoyant, mais également entouré d’amour et d’espoir. La page est tournée. Il faut continuer d’avancer, et tenir, tenir, tenir…toujours tenir. Avec une pensée particulière de la poulette à toutes les « pmettes », consoeurs d’infortune aux pattes plongées dans le même marasme qu’elle.

Ceci était un message de la sécurité poulière. Savoir tenir, c’est savoir vivre.