Fiv n°2 : quand la poulette dépose les armes.

A chaque tentative, espérer. Avoir l’impression de se surpasser. Croire que ça pourrait être différent. Se rattacher aux signes. Envisager la possibilité d’un positif. Visualiser la joie de l’annonce. Imaginer la magie de la naissance. Calculer la saison, la date à laquelle il arriverait. Le sens que ça aurait. La vie qui changerait.

A la fin de chaque tentative, être désemparée. Avoir l’impression de décevoir…le coq, la p’tite bouille, l’ex-baleineau, ces gens qui soutiennent si fort, qui prient, qui espèrent tant avec nous…mais qui semblent s’éloigner peu à peu, se désinvestir, faute de savoir quoi dire, quoi faire. Essayer de repousser la question redoutée : et si ça ne marchait jamais?…

Entre deux tentatives, ressentir l’extensibilité du temps. Avoir le sentiment d’évoluer dans un monde parallèle. Se savoir vieillir. Se sentir faiblir. Se retrouver seule et minuscule face à une nouvelle gigantesque montagne à gravir. Etre lasse. Ne plus savoir où puiser la force de continuer. Mais se dire qu’on préfèrerait mourir que de vivre sans enfant…alors, continuer.

La poulette pense à ces 6 petits qu’elle a portés, puis perdus. Qui sont partis sans faire de bruit. Elle se demande pourquoi. Elle voudrait comprendre. Elle voudrait pouvoir faire plus. Elle se sent impuissante.

La Fiv n°2 de la poulette : Tec (Transfert d’Embryons Congelés)

Les embryons soldats du froid furent finalement rappelés mi-avril…

La poulette savait qu’ils avaient quitté la banquise dès réception de l’ordre de mission, mais comme ils n’avaient aucun moyen de communication durant le voyage, c’est avec la boule au ventre qu’elle se rendit sur place…

Après avoir bravé des conditions de décongélation climatiques extrêmes, être passés par des cathéters chemins escarpés, ils arrivèrent chez la poulette entiers, mais tout de même légèrement affaiblis. Luther Russe se tenait prêt depuis des semaines, impatient. Il s’était gavé en cachette de Vitamine E et d’Aspégic nourrisson pour être au top de sa forme le jour J…sa récente petite séance devant la caméra lui avait redonné une meilleure image de lui-même…avec tout ça, il se sentait confiant.

Quand le jour J arriva, la poulette décida de laisser faire Luther. Cette fois-ci, pas d’ostéopathie, pas d’acupuncture…trop de temps, trop d’argent, trop de gens…trop MARRE de tout ça. Lâchez-lui la grappe. Laissez-la -essayer de- féconder respirer en paix. MARRE. Donc cette fois, juste elle, Dr Fiv, Luther, et les deux petits embryons rescapés du froid. Nobody else. Private business.

« C’est pourquoi, elle voudrait, enfin si je le permets…déjeuner féconder en paix… »…tut tut, tut tut, tut tut…tudududuuuu, dududuuu…-violons-

La Fiv n°2 de la poulette – Fin de combat et perspectives d’avenir

14 jours après le retour du front, une riposte surprise a terrassé les deux vaillants petits embryons soldats…Luther a fait tout ce qu’il a pu, mais il n’a pas réussi à les sauver…le combat s’est terminé dans un bain de sang.

La poulette a accueilli la nouvelle avec un certain fatalisme. « Fatalisme », pas dans le sens démissionnaire du terme, plutôt dans le sens d’absence de maitrise des choses et de l’histoire…car à force de combats et de défaites, elle commence à intégrer le fait qu’il lui faut simplement attendre que ce soit leur heure, avec le coq…et que manifestement, celle-ci n’est pas encore venue. La seule chose qu’elle espère (oui, de l’espoir elle en a) c’est qu’elle viendra un jour…car il n’y a jamais de certitude. En Fiv peut-être encore moins qu’ailleurs. On connait les probabilités…on sait qu’on peut être du mauvais côté…même si on prie très fort pour ne pas l’être, et qu’on essaie de se surpasser à chaque combat pour passer de l’autre côté.

Tout de suite, comme pour conjurer le mauvais sort, la poulette a envisagé la prochaine offensive. Elle a organisé son plan d’attaque. Elle a demandé à ce qu’on fasse revenir les deux embryons soldats partis en mission sur la banquise…Dr Fiv lui a dit qu’ils devraient être là d’ici Avril. Le voyage de retour passant par des territoires à haut risque (« Décongélation », une zone extrêmement dangereuse) elle en tremble déjà…

L’ennemi a triomphé, une fois de plus. La poulette est fatiguée. La poulette est usée…mais elle ne baisse pas les bras. Sa vengeance sera TERRIBLE. Un jour, elle lui fera la peau.

 «C’est une folie d’haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’une a échoué…
C ‘est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. »
« Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ…». (« Le petit prince »)

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La Fiv n°2 de la poulette – Nouvelles du front post-ponction

q  Charlotte Marin – Fiv’Heure  q

Aujourd’hui règne une atmosphère étrange dans les tranchées. Les allers-retours au labo sirènes ont cessé, les injections bombardements se sont arrêtés, , les échographies combats ont stoppé. On a déposé les aiguilles armes. Tout à coup, après plus de 4 semaines de traitement lutte, c’est l’accalmie…plus de plan d’attaque à échaffauder, plus de stratégies à élaborer, plus de tirs à esquiver…rien. Une drôle de sensation…du temps (tiens, finalement c’est aussi long que ça, une journée?), presque du désoeuvrement…la poulette doit se réhabituer.

Oestradiol et les ovaires ont assuré grave. Ils peuvent être fiers d’eux. Dr Fiv aussi, comme toujours…un maître. La poulette ne se félicitera jamais assez d’avoir un jour poussé la porte de son cabinet pour s’associer avec lui (surtout qu’entre temps, suite à de multiples dysfonctionnements et une saturation totale, le centre d’AMP public où ils étaient initialement suivis avec le coq est tombé sous le coup d’une fermeture administrative…).

A l’heure de recenser les troupes, le bilan est plutôt positif. On s’en est bien tiré. Tout le monde est vivant. Les 7 petits embryons soldats sont toujours là…parmi eux, les 2 plus vaillants (matricules 811 et 711) ont été transférés dans le ventre l’équipe  rapprochée de la poulette pour quelques jours/mois (selon affinités). 2 autres, en pleine forme et prêts à rempiler immédiatement, sont partis en mission sur la banquise pour une durée indéterminée. On les rappellera si on a besoin d’eux (on ne le souhaite pas). Quant aux 3 restants, un peu affaiblis, ils sont actuellement en convalescence…un jour ou deux, le temps de voir s’ils sont aptes à rejoindre leurs collègues au pays du grand froid ou non (on ne sait pas actuellement s’ils seront capables de supporter la congélation les conditions climatiques extrêmes…et pour l’un d’entre eux, bien amoché, le pronostic est même très réservé…il ne pourra probablement jamais reprendre du service). 

Fraîchement revenue du front, la poulette a briefé un nouveau coéquipier russe, Luther, qui va devoir bosser d’arrache-pied (et non « comme un arracheur de pied », clin d’œil à la p’tite bouille! 😉 ) pendant qu’elle lèvera un peu la patte et se refera une santé. Elle lui a demandé de se montrer aussi accueillant que possible, et de chouchouter les 2 vaillants petits soldats rescapés pour qu’ils se sentent chez eux.

Ce soir, la poulette a du mal à dire comment elle se sent. Soulagée…d’être venue à bout de la bataille, jour après jour, après avoir craint à chaque étape de marcher sur une mine. Reconnaissante…(mais envers qui?) d’avoir eu des résultats à la hauteur de tous les efforts qu’elle fournit, enfin. Emue…d’être encore là, debout, après tout ça, de penser à ces courageux petits soldats, de retrouver un peu d’espoir…celui d’avoir, un jour, un poussin, et peut-être même, un poussin de ses propres gènes.

Ce soir, la bataille est terminée, mais la guerre n’est pas encore gagnée. Juste un couvre-feu.

Ndlr : Luther…Luther russe, bien-sûr…(who else?!).

 

 

La Fiv n°2 de la poulette – Ponction

Samedi 15 Février 2014. La poulette et le coq sont sur le pied de guerre. Il avancent ensemble vers leur destinée. Cette bataille-là, ils la mènent côte à côte pour la troisième fois.

Trois fois à se retrouver sur le chemin de cette clinique, à enregistrer leurs noms à l’accueil, à régler des honoraires , à présenter des justificatifs, à recevoir des étiquettes (pour la peine, le coq peut se gratter pour en avoir à son nom, c’est celui de la poulette qui sera écrit en gros)…trois fois à monter au 2ème étage, à s’installer dans une chambre, à écouter les consignes d’usage, à remplir des papiers…trois fois, pour la poulette, à se bétadiner les plumes, à enfiler la tenue de combat bleue foncée, les chaussons de papier blanc sur les pattes, la charlotte sur la crête…trois fois à attendre chacun leur heure aussi calmement que possible, l’appel du labo pour l’un, le brancardier pour l’autre…

Trois fois, pour la poulette, à s’étendre à moitié à plumes sur le brancard, à voir défiler les étages en position horizontale dans l’ascenseur, à saluer l’infirmière de la salle de réveil qui la préparera et qu’elle reconnaitra de la dernière ponction. Trois fois à tendre sa patte gauche pour y accueillir le brassard du tensiomètre, sa patte droite pour y accueillir une perfusion, puis à attendre son tour en priant le Dieu des poulettes que tout se passe au mieux.

Trois fois à voir son brancard franchir la porte du bloc opératoire, à s’installer sur la table des hostilités, à répondre aux dernières questions, à formuler quelques requêtes à l’anesthésiste qui l’endormira, à voir arriver Dr Fiv entre les mains duquel elle met l’espoir de sa vie, à s’entendre dire « à tout à l’heure », à sentir sa tête devenir lourde et à laisser le néant l’emporter.

Trois fois à se réveiller en salle de réveil, détendue, avec la sensation d’un très long sommeil, à se faire la réflexion qu’elle est finalement toujours en vie, à demander à l’infirmière (qui ne sait pas encore…) « combien »…

Trois fois à être reconduite dans sa chambre, à retrouver le coq, à attendre ensemble les nouvelles avec espoir mais appréhension…

Mais une seule fois à apprendre qu’il y a eu 12 petits œufs ponctionnés…

Une seule fois, à se sentir un peu vaseuse, à vomir son p’tit-dej dans les toilettes de la clinique, puis le rien qu’il restait sur le quai de la ligne 2 (chez Flamby la poulette, ils ont mis des languettes une option sur tous les pots le métro…pour démouler vomito c’est plus rigolo!), à dormir pendant 12h, épuisée par cette bataille intense…

Une seule fois à entendre qu’il y a 7 petits embryons de poussins qui commencent doucement leur vie au laboratoire, et qui, peut-être, auront envie de s’accrocher jusqu’à mardi.

Petite victoire, encore. Fin de la bataille…sursis de 2-3 jours avant la prochaine.

La Fiv n°2 de la poulette – Stimulation

Pour cette nouvelle saison, on retrouve la poulette dans les tranchées. En observant bien la scène, on dirait que la première bataille d’une longue série est sur le point de s’achever…

Elle aura été rude, pourtant. Il aura fallu 14 jours de lutte acharnée pour en voir le bout. A chaque avancée, la poulette et son armée auraient pu être atteints par une prise de sang pourrie bombe, un kyste missile, ou marcher sur une mine. L’ennemie, Tilité, (Infer, de son prénom), tapie dans l’ombre, sournoise, a résisté. Les premiers temps, Oestra Diol n’a pas osé monter au front. Il est resté en retrait, comme toujours, craintif…le Lundi 3 Février, quand on lui a demandé des comptes après 5 jours de stimulation  combat, il a avoué péniblement « 64 », tout penaud. Il a réclamé des munitions supplémentaires pour prendre confiance en lui…on lui a expliqué qu’il bénéficiait déjà des doses maximales de Ménopur meilleures armes qui soient et qu’il devait apprendre à mieux s’en servir…deux jours plus tard, avec un petit « 210 », il a commencé à s’affirmer doucement. Deux jours plus tard encore, une semaine après le début des injections du combat, il a trouvé ses marques, brandissant fièrement un « 658 »…

C’est alors que les choses ont commencé à bouger. Le Vendredi 7 Février, Dr Fiv a réuni les troupes pour faire un point : on a regardé les ovaires de plus près (Miss Sond’écho a aidé un peu), et on a constaté une chose inespérée : non seulement ils étaient motivés, mais en plus, il étaient vraiment DEUX. Parce qu’avant, l’ovaire droit, qui a toujours eu un petit côté endométriosique rebelle, s’était chaque fois montré réfractaire à toute consigne…(mais ça, c’était avant…(;) ). Cette fois-ci, ils étaient au coude à coude, serrés, déterminés, portant chacun fièrement leurs follicules matricules : « 8 » pour l’ovaire gauche, « 7 » pour l’ovaire droit.

On a donc continué sans relâche, épuisés mais volontaires. Le Lundi 10 Février, Oestra Diol, désormais plus sûr de lui que jamais du haut de son « 1979 », a terrassé tous les intrus qui se trouvaient sur son passage…si bien que le lendemain, avec 2345, il a donné envie aux ovaires de se surpasser. Dr Fiv leur a donné deux jours supplémentaires pour se préparer en vue de l’assaut final. Le Jeudi 13 Février, Oestra Diol a connu, pour la première fois, son heure de gloire : « 4092 » au compteur. Fier comme un pape. Avec lui, les ovaires ont tout donné…(et la poulette a commencé à douiller). Jusqu’à ce soir du 13, où toute la troupe a fêté sa victoire autour d’un bon shoot d’Ovitrelle d’une bonne coupe de Champagne.

Bien-sûr il y aura eu des coups de stress, des coups de fatigue (des coups d’amour, des coups d’je t’aime…), mais la seule chose qui compte, c’est la victoire. Une petite victoire avant la suite des hostilités…

Aujourd’hui, les troupes sont au repos avant de réattaquer demain…demain,  Samedi 15 Février, c’est un grand jour, une grande étape, une autre bataille pour tenter de gagner du terrain sur Tilité. La poulette n’a pas peur. La poulette n’est pas mouillée (poule-tte- mouillée…niark niark niark)(mauvais esprit qui a pensé à autre chose en lisant cette phrase…passe ton chemin!!!). La poulette a déjà vécu cette bataille par deux fois auparavant, et en est toujours sortie vivante…alors elle croise les pattes.

 

 

The poulette is back

La poulette est de retour.

Elle sniffe son Synarel depuis plus d’une quinzaine de jours pour endormir les ovaires (ndlr : pas trop de difficulté de ce côté-là, c’est plutôt dans l’autre sens que ça se corse!), tout va bien. Le matin, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’elle travaille ou qu’elle soit en repos, le réveil sonne pour sniffer, aucune pitié. La nuit, elle passe son temps à faire l’étoile dans son lit à cause des bouffées de chaleur nocturnes et des réveils toutes les 2h…la journée, comme il faut varier les plaisirs, elle oscille entre maux de tête modérés et migraines la tête dans la cuvette…(on va dire qu’elle s’entraîne pour plus tard, au cas où…). Bref, tout va bien. La poulette est paracétamolisée, voire codéinisée.

Lundi 27 janvier. Aujourd’hui, c’est prise de sang. Aujourd’hui, la  poulette est en formation. Tout est orchestré à la minute près : saut dans le tram, descente au labo sur le chemin de la formation,  arrivée au labo à l’ouverture, prise de sang, re-saut dans le tram et arrivée à l’heure à ladite formation…sauf que quand la poulette arrive, à l’ouverture (parce que dans ce  labo-là ils ont la bonne idée de n’ouvrir qu’à 7h30…), y’a plein de vieilles poules et vieux coq retraités (tu vois le genre, de ceux qui ont du temps, et qui racontent leur vie à l’infirmière…) qui ont eu la même idée qu’elle et ont déjà assiégé les lieux. Et merde. A ce moment-là, la poulette a encore un peu de marge. Elle se met dans la file d’attente, pessimiste. Arrivée devant le comptoir de la secrétaire, elle se fait confirmer qu’être piquée et ressortie dans le quart d’heure relèverait du miracle…ok, bon. Plan B. Vite. La poulette re-saute dans le tram en Google-isant « Laboratoire analyses médicales ». Le  tram est plus rapide que Google, il passe à ce moment-là devant une magnifique enseigne de labo…ahhhhhhhhhh!!!!!!!! arrêtez!!!!!!!!! Vite vite vite, elle remonte la rue en sens inverse, remet son collant sur le visage béret sur la tête (perdu dans la course folle) et fait une arrivée fracassante dans le labo, brandissant son flingue ordonnance, intimant à la secrétaire de mettre le cash dans le sac boucler l’affaire le plus rapidement possible. Hop hop hop, grâce à un personnel terrorisé super réactif, 8 minutes plus tard, le sang est dans les tubes, la voilà repartie, et elle arrivera avec 10 minutes d’avance à sa formation. La poulette est triomphante! :)

Le même soir, la poulette a rendez-vous avec Dr Fiv et Miss Sond’écho pour un contrôle technique. Elle y va direct en sortant de formation…et attend 2h (les rdv du lundi…les pires…). Contrôle technique ok. Il est 22h quand elle rentre chez elle…journée de 15h…la poulette est affamée et rétamée.

Mercredi 29 Janvier. La poulette sort de chez son pharmacien munie de sa came pour les 15 jours à venir. Armée jusqu’aux dents (de là vient l’expression : « quand les poule-tte-s auront des dents »…). Prête à terrasser l’ennemi. La poulette est parée.

Jeudi 30 Janvier. Dr Acupuncture donne les dernières consignes avant l’offensive. Les p’tites aiguilles balisent le territoire. Le soir, l’assaut est donné. La poulette a le poing levé. La guerre est déclarée!

THE POULETTE AUX HORMONES IS BACK.