La poulette fait son cinéma

Après les récents évènements, en attendant le retour des petits soldats du froid, la poulette ne pouvait s’empêcher de se demander si tout tournait bien rond, si Luther Russe allait vraiment bien, et s’il serait capable de retenter « le job »…

C’est ainsi que, ayant besoin d’en avoir le cœur net, elle décida de le soumettre à une hystéroscopie un interrogatoire filmé.  Elle envoya un mail à Dr Fiv, qui lui répondit, dans le quart d’heure, qu’il était partant…

C’est ainsi que Dr Fiv, un matin de Mars, attrapa son matériel de torture sa caméra et prit les commandes du film. Il demanda à Luther de dire bonjour à la caméra…Luther obtempéra, bombant l’endomètre le torse, répondant à toutes les questions, et se montrant tout beau, tout fort, tout propre, tout rouge/rose, tout bien comme il faut…

C’est ainsi que la poulette, un matin de Mars, fut (un peu) rassurée de son aptitude à accueillir les petits soldats du froid…

…mais qu’il lui semblait douloureusement loin et incertain, encore, le moment de leur retour…

La Fiv n°2 de la poulette – Fin de combat et perspectives d’avenir

14 jours après le retour du front, une riposte surprise a terrassé les deux vaillants petits embryons soldats…Luther a fait tout ce qu’il a pu, mais il n’a pas réussi à les sauver…le combat s’est terminé dans un bain de sang.

La poulette a accueilli la nouvelle avec un certain fatalisme. « Fatalisme », pas dans le sens démissionnaire du terme, plutôt dans le sens d’absence de maitrise des choses et de l’histoire…car à force de combats et de défaites, elle commence à intégrer le fait qu’il lui faut simplement attendre que ce soit leur heure, avec le coq…et que manifestement, celle-ci n’est pas encore venue. La seule chose qu’elle espère (oui, de l’espoir elle en a) c’est qu’elle viendra un jour…car il n’y a jamais de certitude. En Fiv peut-être encore moins qu’ailleurs. On connait les probabilités…on sait qu’on peut être du mauvais côté…même si on prie très fort pour ne pas l’être, et qu’on essaie de se surpasser à chaque combat pour passer de l’autre côté.

Tout de suite, comme pour conjurer le mauvais sort, la poulette a envisagé la prochaine offensive. Elle a organisé son plan d’attaque. Elle a demandé à ce qu’on fasse revenir les deux embryons soldats partis en mission sur la banquise…Dr Fiv lui a dit qu’ils devraient être là d’ici Avril. Le voyage de retour passant par des territoires à haut risque (« Décongélation », une zone extrêmement dangereuse) elle en tremble déjà…

L’ennemi a triomphé, une fois de plus. La poulette est fatiguée. La poulette est usée…mais elle ne baisse pas les bras. Sa vengeance sera TERRIBLE. Un jour, elle lui fera la peau.

 «C’est une folie d’haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’une a échoué…
C ‘est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. »
« Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ…». (« Le petit prince »)

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La Fiv n°2 de la poulette – Nouvelles du front post-ponction

q  Charlotte Marin – Fiv’Heure  q

Aujourd’hui règne une atmosphère étrange dans les tranchées. Les allers-retours au labo sirènes ont cessé, les injections bombardements se sont arrêtés, , les échographies combats ont stoppé. On a déposé les aiguilles armes. Tout à coup, après plus de 4 semaines de traitement lutte, c’est l’accalmie…plus de plan d’attaque à échaffauder, plus de stratégies à élaborer, plus de tirs à esquiver…rien. Une drôle de sensation…du temps (tiens, finalement c’est aussi long que ça, une journée?), presque du désoeuvrement…la poulette doit se réhabituer.

Oestradiol et les ovaires ont assuré grave. Ils peuvent être fiers d’eux. Dr Fiv aussi, comme toujours…un maître. La poulette ne se félicitera jamais assez d’avoir un jour poussé la porte de son cabinet pour s’associer avec lui (surtout qu’entre temps, suite à de multiples dysfonctionnements et une saturation totale, le centre d’AMP public où ils étaient initialement suivis avec le coq est tombé sous le coup d’une fermeture administrative…).

A l’heure de recenser les troupes, le bilan est plutôt positif. On s’en est bien tiré. Tout le monde est vivant. Les 7 petits embryons soldats sont toujours là…parmi eux, les 2 plus vaillants (matricules 811 et 711) ont été transférés dans le ventre l’équipe  rapprochée de la poulette pour quelques jours/mois (selon affinités). 2 autres, en pleine forme et prêts à rempiler immédiatement, sont partis en mission sur la banquise pour une durée indéterminée. On les rappellera si on a besoin d’eux (on ne le souhaite pas). Quant aux 3 restants, un peu affaiblis, ils sont actuellement en convalescence…un jour ou deux, le temps de voir s’ils sont aptes à rejoindre leurs collègues au pays du grand froid ou non (on ne sait pas actuellement s’ils seront capables de supporter la congélation les conditions climatiques extrêmes…et pour l’un d’entre eux, bien amoché, le pronostic est même très réservé…il ne pourra probablement jamais reprendre du service). 

Fraîchement revenue du front, la poulette a briefé un nouveau coéquipier russe, Luther, qui va devoir bosser d’arrache-pied (et non « comme un arracheur de pied », clin d’œil à la p’tite bouille! 😉 ) pendant qu’elle lèvera un peu la patte et se refera une santé. Elle lui a demandé de se montrer aussi accueillant que possible, et de chouchouter les 2 vaillants petits soldats rescapés pour qu’ils se sentent chez eux.

Ce soir, la poulette a du mal à dire comment elle se sent. Soulagée…d’être venue à bout de la bataille, jour après jour, après avoir craint à chaque étape de marcher sur une mine. Reconnaissante…(mais envers qui?) d’avoir eu des résultats à la hauteur de tous les efforts qu’elle fournit, enfin. Emue…d’être encore là, debout, après tout ça, de penser à ces courageux petits soldats, de retrouver un peu d’espoir…celui d’avoir, un jour, un poussin, et peut-être même, un poussin de ses propres gènes.

Ce soir, la bataille est terminée, mais la guerre n’est pas encore gagnée. Juste un couvre-feu.

Ndlr : Luther…Luther russe, bien-sûr…(who else?!).

 

 

La Fiv n°2 de la poulette – Ponction

Samedi 15 Février 2014. La poulette et le coq sont sur le pied de guerre. Il avancent ensemble vers leur destinée. Cette bataille-là, ils la mènent côte à côte pour la troisième fois.

Trois fois à se retrouver sur le chemin de cette clinique, à enregistrer leurs noms à l’accueil, à régler des honoraires , à présenter des justificatifs, à recevoir des étiquettes (pour la peine, le coq peut se gratter pour en avoir à son nom, c’est celui de la poulette qui sera écrit en gros)…trois fois à monter au 2ème étage, à s’installer dans une chambre, à écouter les consignes d’usage, à remplir des papiers…trois fois, pour la poulette, à se bétadiner les plumes, à enfiler la tenue de combat bleue foncée, les chaussons de papier blanc sur les pattes, la charlotte sur la crête…trois fois à attendre chacun leur heure aussi calmement que possible, l’appel du labo pour l’un, le brancardier pour l’autre…

Trois fois, pour la poulette, à s’étendre à moitié à plumes sur le brancard, à voir défiler les étages en position horizontale dans l’ascenseur, à saluer l’infirmière de la salle de réveil qui la préparera et qu’elle reconnaitra de la dernière ponction. Trois fois à tendre sa patte gauche pour y accueillir le brassard du tensiomètre, sa patte droite pour y accueillir une perfusion, puis à attendre son tour en priant le Dieu des poulettes que tout se passe au mieux.

Trois fois à voir son brancard franchir la porte du bloc opératoire, à s’installer sur la table des hostilités, à répondre aux dernières questions, à formuler quelques requêtes à l’anesthésiste qui l’endormira, à voir arriver Dr Fiv entre les mains duquel elle met l’espoir de sa vie, à s’entendre dire « à tout à l’heure », à sentir sa tête devenir lourde et à laisser le néant l’emporter.

Trois fois à se réveiller en salle de réveil, détendue, avec la sensation d’un très long sommeil, à se faire la réflexion qu’elle est finalement toujours en vie, à demander à l’infirmière (qui ne sait pas encore…) « combien »…

Trois fois à être reconduite dans sa chambre, à retrouver le coq, à attendre ensemble les nouvelles avec espoir mais appréhension…

Mais une seule fois à apprendre qu’il y a eu 12 petits œufs ponctionnés…

Une seule fois, à se sentir un peu vaseuse, à vomir son p’tit-dej dans les toilettes de la clinique, puis le rien qu’il restait sur le quai de la ligne 2 (chez Flamby la poulette, ils ont mis des languettes une option sur tous les pots le métro…pour démouler vomito c’est plus rigolo!), à dormir pendant 12h, épuisée par cette bataille intense…

Une seule fois à entendre qu’il y a 7 petits embryons de poussins qui commencent doucement leur vie au laboratoire, et qui, peut-être, auront envie de s’accrocher jusqu’à mardi.

Petite victoire, encore. Fin de la bataille…sursis de 2-3 jours avant la prochaine.

La Fiv n°2 de la poulette – Stimulation

Pour cette nouvelle saison, on retrouve la poulette dans les tranchées. En observant bien la scène, on dirait que la première bataille d’une longue série est sur le point de s’achever…

Elle aura été rude, pourtant. Il aura fallu 14 jours de lutte acharnée pour en voir le bout. A chaque avancée, la poulette et son armée auraient pu être atteints par une prise de sang pourrie bombe, un kyste missile, ou marcher sur une mine. L’ennemie, Tilité, (Infer, de son prénom), tapie dans l’ombre, sournoise, a résisté. Les premiers temps, Oestra Diol n’a pas osé monter au front. Il est resté en retrait, comme toujours, craintif…le Lundi 3 Février, quand on lui a demandé des comptes après 5 jours de stimulation  combat, il a avoué péniblement « 64 », tout penaud. Il a réclamé des munitions supplémentaires pour prendre confiance en lui…on lui a expliqué qu’il bénéficiait déjà des doses maximales de Ménopur meilleures armes qui soient et qu’il devait apprendre à mieux s’en servir…deux jours plus tard, avec un petit « 210 », il a commencé à s’affirmer doucement. Deux jours plus tard encore, une semaine après le début des injections du combat, il a trouvé ses marques, brandissant fièrement un « 658 »…

C’est alors que les choses ont commencé à bouger. Le Vendredi 7 Février, Dr Fiv a réuni les troupes pour faire un point : on a regardé les ovaires de plus près (Miss Sond’écho a aidé un peu), et on a constaté une chose inespérée : non seulement ils étaient motivés, mais en plus, il étaient vraiment DEUX. Parce qu’avant, l’ovaire droit, qui a toujours eu un petit côté endométriosique rebelle, s’était chaque fois montré réfractaire à toute consigne…(mais ça, c’était avant…(;) ). Cette fois-ci, ils étaient au coude à coude, serrés, déterminés, portant chacun fièrement leurs follicules matricules : « 8 » pour l’ovaire gauche, « 7 » pour l’ovaire droit.

On a donc continué sans relâche, épuisés mais volontaires. Le Lundi 10 Février, Oestra Diol, désormais plus sûr de lui que jamais du haut de son « 1979 », a terrassé tous les intrus qui se trouvaient sur son passage…si bien que le lendemain, avec 2345, il a donné envie aux ovaires de se surpasser. Dr Fiv leur a donné deux jours supplémentaires pour se préparer en vue de l’assaut final. Le Jeudi 13 Février, Oestra Diol a connu, pour la première fois, son heure de gloire : « 4092 » au compteur. Fier comme un pape. Avec lui, les ovaires ont tout donné…(et la poulette a commencé à douiller). Jusqu’à ce soir du 13, où toute la troupe a fêté sa victoire autour d’un bon shoot d’Ovitrelle d’une bonne coupe de Champagne.

Bien-sûr il y aura eu des coups de stress, des coups de fatigue (des coups d’amour, des coups d’je t’aime…), mais la seule chose qui compte, c’est la victoire. Une petite victoire avant la suite des hostilités…

Aujourd’hui, les troupes sont au repos avant de réattaquer demain…demain,  Samedi 15 Février, c’est un grand jour, une grande étape, une autre bataille pour tenter de gagner du terrain sur Tilité. La poulette n’a pas peur. La poulette n’est pas mouillée (poule-tte- mouillée…niark niark niark)(mauvais esprit qui a pensé à autre chose en lisant cette phrase…passe ton chemin!!!). La poulette a déjà vécu cette bataille par deux fois auparavant, et en est toujours sortie vivante…alors elle croise les pattes.

 

 

The poulette is back

La poulette est de retour.

Elle sniffe son Synarel depuis plus d’une quinzaine de jours pour endormir les ovaires (ndlr : pas trop de difficulté de ce côté-là, c’est plutôt dans l’autre sens que ça se corse!), tout va bien. Le matin, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’elle travaille ou qu’elle soit en repos, le réveil sonne pour sniffer, aucune pitié. La nuit, elle passe son temps à faire l’étoile dans son lit à cause des bouffées de chaleur nocturnes et des réveils toutes les 2h…la journée, comme il faut varier les plaisirs, elle oscille entre maux de tête modérés et migraines la tête dans la cuvette…(on va dire qu’elle s’entraîne pour plus tard, au cas où…). Bref, tout va bien. La poulette est paracétamolisée, voire codéinisée.

Lundi 27 janvier. Aujourd’hui, c’est prise de sang. Aujourd’hui, la  poulette est en formation. Tout est orchestré à la minute près : saut dans le tram, descente au labo sur le chemin de la formation,  arrivée au labo à l’ouverture, prise de sang, re-saut dans le tram et arrivée à l’heure à ladite formation…sauf que quand la poulette arrive, à l’ouverture (parce que dans ce  labo-là ils ont la bonne idée de n’ouvrir qu’à 7h30…), y’a plein de vieilles poules et vieux coq retraités (tu vois le genre, de ceux qui ont du temps, et qui racontent leur vie à l’infirmière…) qui ont eu la même idée qu’elle et ont déjà assiégé les lieux. Et merde. A ce moment-là, la poulette a encore un peu de marge. Elle se met dans la file d’attente, pessimiste. Arrivée devant le comptoir de la secrétaire, elle se fait confirmer qu’être piquée et ressortie dans le quart d’heure relèverait du miracle…ok, bon. Plan B. Vite. La poulette re-saute dans le tram en Google-isant « Laboratoire analyses médicales ». Le  tram est plus rapide que Google, il passe à ce moment-là devant une magnifique enseigne de labo…ahhhhhhhhhh!!!!!!!! arrêtez!!!!!!!!! Vite vite vite, elle remonte la rue en sens inverse, remet son collant sur le visage béret sur la tête (perdu dans la course folle) et fait une arrivée fracassante dans le labo, brandissant son flingue ordonnance, intimant à la secrétaire de mettre le cash dans le sac boucler l’affaire le plus rapidement possible. Hop hop hop, grâce à un personnel terrorisé super réactif, 8 minutes plus tard, le sang est dans les tubes, la voilà repartie, et elle arrivera avec 10 minutes d’avance à sa formation. La poulette est triomphante! :)

Le même soir, la poulette a rendez-vous avec Dr Fiv et Miss Sond’écho pour un contrôle technique. Elle y va direct en sortant de formation…et attend 2h (les rdv du lundi…les pires…). Contrôle technique ok. Il est 22h quand elle rentre chez elle…journée de 15h…la poulette est affamée et rétamée.

Mercredi 29 Janvier. La poulette sort de chez son pharmacien munie de sa came pour les 15 jours à venir. Armée jusqu’aux dents (de là vient l’expression : « quand les poule-tte-s auront des dents »…). Prête à terrasser l’ennemi. La poulette est parée.

Jeudi 30 Janvier. Dr Acupuncture donne les dernières consignes avant l’offensive. Les p’tites aiguilles balisent le territoire. Le soir, l’assaut est donné. La poulette a le poing levé. La guerre est déclarée!

THE POULETTE AUX HORMONES IS BACK.

 

La poulette fait le bilan de l’année 2013

Récapitulatif du palmarès (exceptionnel) de l’année :

– une bonne vingtaine de consultations chez le(s) gynéco(s)

– une bonne vingtaine d’échographies endovaginales

– 1 Irm pelvienne

– 7 stimulations hormonales

– 32 prises de sang

– x injections d’hormones dans les plumes (impossible de dénombrer…plus d’une centaine)

– 4 inséminations intra-utérines

– 2 Fiv, dont une « qui ne compte pas » (what the f*ck?!)

– 2 anesthésies générales

– 6 embryons, 2 enterrés in vivo, 4 autres morts in vitro

– quelques milliers d’Euros en moins sur le compte en banque

– quelques kilos et poignées d’amour en plus (merci les hormones)

– 1 transfert d’embryons

– 10 siècles d’attente

– 10 000 tonnes d’angoisse

– 1 million d’hectolitres de larmes

– une confiance en soi réduite à niveau -15

– 3 collègues (sur 5) enceintes, accouchées, puis mamans

– une p’tite bouille partie vivre à 584 années-lumière km de Paris…

– un corps et un cœur tout cassés

Premier commentaire. Version cash. Elle a les boules, la poulette. Et en cette fin d’année, elle n’a pas eu besoin de sapin pour les avoir. Elle en a plein l’c*l Lulu, la poulette. Oui, la poulette est grossière aujourd’hui, c’est comme ça (tu remarqueras au passage qu’elle met quand même des astérisques pour ne pas choquer tes yeux délicats, ami lecteur).

« 2013, année de la b**se »…alors, maintenant que tu l’as bien b**sée (ça c’est sûr, c’est fait), casse-toi, 2013, casse-toi très très loin, aussi loin que tu peux. Laisse 2014 prendre le relai, en espérant qu’elle fasse moins de la m*rde que toi…

Deuxième commentaire. Version soft. La poulette se souviendra longtemps de cet après-midi  d’Août 2013 , où elle quitta la chambre de maternité de sa dernière collègue fraîchement accouchée. De son cœur qui saigna quand elle referma la porte derrière elle, devenant à ce moment-là officiellement la seule « non-mère » de son équipe…elle se souviendra longtemps aussi de l’attente, de l’espoir, du chagrin ressentis lors de toutes ces tentatives échouées. Elle se souviendra longtemps enfin du coq qui s’accroche malgré tout, des amies qui veillent…

Le moment du passage à l’an 2014 fut douloureux et irrépressiblement (furtivement) larmoyant, mais également entouré d’amour et d’espoir. La page est tournée. Il faut continuer d’avancer, et tenir, tenir, tenir…toujours tenir. Avec une pensée particulière de la poulette à toutes les « pmettes », consoeurs d’infortune aux pattes plongées dans le même marasme qu’elle.

Ceci était un message de la sécurité poulière. Savoir tenir, c’est savoir vivre.

La Fiv (Foetus In Violette) n°1 Bis, Dernier acte

Petit flashback : dans la saison précédente, la FIV n°1, les scénaristes avaient été très tordus…la poulette dirait même, « machiavéliques ». Si…souviens-toi : ils avaient imaginé que la poulette endurerait tout (la stim’, les prises de sang, les échos, la chasse aux œufs sous anesthésie générale, les gros sous à sortir…), tout ça sans protester du bec…mais que, sur les 4 œufs de sa récolte, il n’y aurait qu’un petit embryon de poussin. Ils étaient même allés jusqu’à faire durer le suspens en le faisant vivre 4 jours, et ne mourir qu’au 5ème…machiavéliques, vraiment. Et à l’époque, ça n’avait pas du tout plu…ni à la poulette, ni au coq, ni au public. Les fans avaient écrit pour protester contre ce dénouement tragique. Et ensuite la poulette s’était mise en grève…bon, bref. On l’a déjà dit.

Tiens, regarde! une petite liasse de feuillets est posée là, devant nous…c’est le scénario du dernier acte…voyons ensemble ce qu’il nous réserve cette saison-ci.

Vendredi 8 Novembre 2013. La poulette a bien dormi cette nuit, épuisée par la journée intense de la veille. Elle a mis son téléphone près de son oreiller car elle sait que ce matin, la poule biologiste va l’appeler pour lui révéler la suite du programme…

9h20. Le portable sonne. « Poule Labo FIV » s’affiche sur l’écran. Ok. L’heure du verdict. Grande inspiration.

– Allô?

-Allô? Mme Violette?

– Oui, c’est moi…

– Bonjour, c’est la poule du labo FIV…je vous appelle pour vous donner les résultats. 9 œufs ont été ponctionnés, 8 étaient matures et ont été micro-injectés, et nous avons ce matin 4 embryons de poussins. Nous vous attendons samedi à 12h pour le transfert.

La poulette remercie, salue, et raccroche. Elle respire. Elle prévient aussitôt le coq, la p’tite bouille, et quelques membres du fan-club officiel.

Samedi 9 Novembre 2013. La poulette et le coq sont sur le pied de guerre. Ils n’ont aucune nouvelle de leurs mini-poussins depuis plus de 24h, et se demandent à quelle sauce ils vont être mangés…(au pot???au vin??? yark yark yark).

11h45. Arrivée sur les lieux. Formalités administratives.

Midi. Passage au 4ème étage, Secteur Labo. La poulette et le coq sont installés dans une salle de transfert. Gros moment de stress. Les mini-poussins ont-ils passé la nuit? va-t-il, cette fois, y avoir une suite???…ils en sont à cette réflexion lorsque la poule biologiste entre dans la salle. Point sur le dossier. Surprise, en fait il y a finalement 5 mini-poussins!!! et le transfert va bien avoir lieu…ô soulagement! (nouveau record du monde d’apnée battu, cette fois en duo! ). On attend Dr Fiv. Avant son arrivée, la poulette briefe le coq sur le déroulement des opérations et la justification de son absence dans  la salle au moment M.

13h. Arrivée de Dr Fiv, qui fait une petite récap sur les mini-poussins transférés aujourd’hui : 2 mini-poussins, un qualifié de « bien », et l’autre de « moyen-bien ». Il invite la poulette à s’installer sur la table. Le coq s’éclipse.

13h20. Position de combat. Miss Sond’écho (chouette, une tête connue!), se joint à la fête mais aujourd’hui, elle change de tactique : sur le ventre, et c’est la poulette qui la tient pendant qu’elle officie. Dr Fiv passe à l’action. Une poule biologiste (bonjour, entrez, vous êtes la xième à voir la poulette à plume…que pensez-vous de la vue?!) apporte les mini-poussins sur un plateau. Après 2 tentatives (oui, l’anatomie biscornue de la poulette requiert un cathéter spécial , pourquoi faire simple?!), la poulette voit deux petites bulles blanches se faufiler au fond de son utérus. That’s it.

13h35. L’interphone  retentit : la poule biologiste a vérifié le cathéter, tout est ok!

13h50. Après un petit quart d’heure de repos, la poulette se rhabille et quitte la salle, pensive…

Voilà ce qui était écrit sur le scénario. Ah zut! t’as vu??? il manque les dernières pages…il parait que les scénaristes hésitent encore entre deux versions opposées…

La poulette ne sait pas ce qui serait écrit sur la toute dernière page…mais pour l’avant dernière, elle a son idée. On y dirait qu’elle penserait très fort à ces deux mini-poussins au creux de ses plumes…le soir au coucher…le matin au lever…qu’elle aurait tapissé son utérus de coton pour se faire douce et tendre, leur donner envie de s’y blottir…qu’elle aurait planté un panneau « Par ici, mes petits » pour leur indiquer le chemin, au cas où ils s’égarent…qu’elle aurait envie, pour eux, de poser ses mains sur son piano délaissé par tristesse depuis tant de mois…qu’elle aurait envie, pour eux, d’entendre les plus belles mélodies, de manger les plus délicieuses choses, de respirer les meilleures odeurs, de voir les plus jolies images…qu’elle se dirait qu’ils resteraient peut-être…ou peut-être pas…mais que, quoi qu’il arrive, l’espace d’un instant, elle aurait aperçu un petit trait de lumière, là-bas, tout au bout…alors que jusqu’ici, c’était le noir total.

Dans le noir, on n’évalue pas bien les distances…impossible de savoir si c’est encore loin ou pas. On sait juste que c’est là.

 

 

La Fiv (Foetus In Violette) n°1 Bis, Acte 3

Résumé des actes précédents : à  l’Acte 1, la poulette a sniffé ; à l’Acte 2, l’Oestradiol, personnage principal, a occupé le devant de la scène. La poulette, elle, est allée se faire piquer dans les plumes un jour sur deux, s’est elle-même piquée tous les soirs, a eu plusieurs débrief avec Dr Fiv et Miss Sond’écho, et finalement, le mardi 5 Novembre, l’Acte 2 a été bouclé à minuit avec l’injection le clap de déclenchement, puis tout le monde s’est donné rendez-vous pour l’Acte 3 deux jours plus tard.

Jeudi 7 Novembre 2013. Le début du tournage est prévu à 10h30. Pour cet acte-là, on remercie Mr Oestradiol, Mme Lh, et on leur remet leur chèque de fin de saison. La poulette devient le personnage principal ; à ses côtés, en second rôle, le coq.

10h15. La poulette et le coq se présentent sur le plateau. Ils sont accueillis par une poule qui leur demande leurs noms et claironne,  dans toute la pièce « C’EST POUR UNE PONCTIIIONNNN?????? »…(ami lecteur, si tu es habitué aux forums et autres « net-eries » du genre, tu sais certainement que l’emploi des majuscules signifie qu’on CRIE…si tu ne le savais pas, tu es invité à relire cette phrase avec le ton approprié…merci bien). La poulette et le coq se marrent…un peu jaune. La poulette se demande si elle doit lui proposer un mégaphone, au cas où la petite mamie là-bas dans le coin (qui doit avoir des problèmes d’audition vu son âge) n’ait pas bien entendu. Le ton est donné…(Nb : si tu crois, en AMP, à un moment, récupérer un peu d’intimité, oublie. Pas la peine de te faire du mal).

10h30. Clap de début. Acte 3, Scène 1. La poulette et le coq sont conduits dans une chambre, où une poule en blouse blanche leur donne les consignes en vigueur. La poulette n’est pas inquiète du déroulement des opérations (elle sait ce qui l’attend)…mais de leur résultat. Pour ça, elle angoisse grave.

11h30. Scène 2. Le coq est appelé au labo en coulisses…il doit se préparer pour sa scène la plus importante. En attendant sa scène principale à elle,  la poulette ajuste son costume : une seyante blouse bleue Collection 2013, et de charmants chaussons de papier. On lui a même mis autour du poignet un magnifique bracelet d’identité bijou gravé à son nom. Un coq brancardier vient chercher sa voisine de chambrée. Assise dans son lit, la poulette tricote frénétiquement pour passer le temps…et ses nerfs.

12h. Scène 3. Arrivée du coq brancardier, qui emmène la poulette en salle de réveil. Prise de tension, perfusion dans l’avant-patte, hop, la poulette est prête. Elle sait que tout va se jouer dans les scènes suivantes, espère être à la hauteur.

12h25. Scène 4. Dr Fiv sort du bloc, juste en face. Il vient saluer la poulette.  Il détend l’atmosphère : « je viens de m’échauffer sur la 1ère, maintenant c’est votre tour! »

12h30. Scène 5. La poulette passe au bloc sur le devant de la scène. Elle prend la pose adaptée (Nb : si tu crois, en AMP, à un moment donné, récupérer un peu de pudeur, oublie. Pas la peine de te faire du mal). Dr Fiv s’installe. Comme la 1ère fois, elle n’a pas le temps de réaliser : lumière plein phare, anesthésie, trou noir…tout va très vite.

12h50. Scène 6. La poulette se réveille d’un coup, comme une fleur (comme le lui a dit une copine : normal, quand on s’appelle Violette! 😉 ). L’esprit bien clair. Détendue. L’impression d’avoir fait une grasse matinée. On lui dit qu’elle a été très bien dans son rôle.

13h30. Scène 7. On la ramène dans sa chambre. Le coq lui demande si tout s’est bien passé. Elle acquiesce. Elle se sent bien mais a hâte d’avoir des échos de sa performance. Et puis, elle a super faim, elle se mettrait bien quelques grains dans le bec.

13h40. Scène 8. Le coq part au labo en coulisses se renseigner. Il revient avec les chiffres de la récolte : 9 petits oeufs, dont 8 matures. Ils sont super contents. La poulette, qui a battu de record du monde d’apnée (environ 1 heure), reprend enfin sa respiration. Elle trépigne dans son lit. Pour fêter ça, elle récupère ses vêtements, fait voler sa poche de perfusion et se rhabille illico. De l’autre côté du rideau, sa voisine de chambrée ronfle comme un ours (le Xanax qu’elle a pris semble l’avoir assommée pour plusieurs heures).

13h45. Scène 9. La poule en blouse blanche entre en scène, stupéfaite de constater que la poulette a déjà changé de costume. « Vous alors, vous êtes une championne! ». La poulette affamée négocie l’heure de sa pause déjeuner.

14h45. Scène 10. Une poule étudiante en blouse blanche apporte l’espérée ration de grains!!!!!

15h15. Scène 11. La poule en blouse blanche revient pour récupérer le bol de grains (archi vide!) et faire signer les papiers de sortie. Elle retire la perfusion (arrachage de sparadrap collé à la Superglue -la puissance 1000 avec laquelle on peut tenir par les pieds au plafond, tu situes?!-, déplumage gratuit de l’avant-patte, ouch’!).

15h15. Clap. Fin du tournage. Clôture de l’Acte 3.  La poulette et le coq rassemblent leurs affaires et quittent le plateau. La poulette n’est pas fatiguée, mais sonnée. Elle a l’impression d’avoir fait un plongeon dans un monde parallèle…une drôle de sensation.

Demain matin, un appel téléphonique lui annoncera si oui ou non, ils joueront dans l’Acte final…elle espère. Elle espère tellement…les scénaristes avaient promis…