Quand le quotidien rattrape la poulette (2)

Mercredi, fin de poste au boulot de la poulette. L’équipe qui suit prend le relais. Une collègue lance innocemment : « Allez les filles, rentrez chez vous, allez récupérer vos enfants! »…

Tu vois ces tâches rouges, ami lecteur?…ce sont les débris du cœur de la poulette qui, à ce moment précis, vient de se pulvériser instantanément sur le sol du poste de soins.

Les yeux de l’ex-baleineau et de la poulette se croisent. Dans ce regard, il y a « ces mots me font si mal », il y a « je sais combien ça te fait mal », il y a « ce n’est pas de sa faute, elle ne peut pas savoir », il y a « je sais… ».

La poulette rassemble les miettes invisibles de son cœur sous ses ailes et quitte son service.

Vis ma vie de poulette infertile, bis. Il est temps que ça se termine. Et vite. Et si DNLP l’entend, qu’elle sache qu’elle ne s’avoue pas encore vaincue.

SOS d’une poulette (et d’un coq) en détresse

Tristes nouvelles pour la poulette et le coq (et tous ceux qui les aiment et les soutiennent).

Après une première tentative de Fiv3 abandonnée en Juillet, Septembre n’aura pas été plus clément. La Fiv 3 a eu lieu. Mais elle n’est pas allée jusqu’au terme non plus.

Petit résumé :

– Une stimulation à moyenne réponse

– Une ponction sans histoire ni vomitos…

– Contre toute attente, bonne surprise, 10 ovocytes matures, tous micro-injectés

– Une poulette, un coq, et un Dr Fiv plutôt contents

– La même gentille infirmière en salle de réveil

– Un anesthésiste à la Dr House

– Une bouffée d’affection et de tendresse dans une petite blouse rose fushia

– Un petit rigolo d’aide-soignant English speaking

– Une divine sauce au caramel beurre-salé

– Le lendemain : douche froide : un taux de fécondation très faible, seulement 3 embryons

– La décision de l’équipe de pousser les embryons à J5 pour tenter quitte ou double

– J5 : arrêt de développement des embryons, fin de la FIV 3.

Une fois de plus, l’espoir, la patience, la détermination n’auront pas suffi. Mais où s’arrête la malchance? quand prend fin le cauchemar?…

Au début, la poulette ne voulait même pas écrire. Puis finalement, un besoin vital de mettre des mots sur tout ça. Elle avait envisagé les deux possibilités : la survie comme l’arrêt de développement des embryons. Elle connaissait les pourcentages. Aussi, quand le coq lui a annoncé la mauvaise nouvelle ce matin-là, elle a encaissé, relativement bien. C’est les messages du coq quelques heures plus tard qui lui ont mis un coup.

Parce qu’elle l’a senti triste, déçu, découragé, démotivé, et qu’elle s’est sentie bien impuissante face à cela.

Parce qu’elle voudrait lui transmettre un peu de sa force, de son courage, de sa patience, de l’espoir qu’il lui reste encore, malgré tout.

Parce qu’elle voudrait lui faire comprendre qu’elle ne doute pas qu’à eux deux, ils pourraient être de bons parents, et qu’elle pense que leur joli projet mérite qu’ils s’accrochent encore…encore un peu…même si ça fait trop longtemps. Bien trop longtemps déjà.

Parce qu’elle pense que renoncer, ici et maintenant, serait d’une certaine façon remettre en cause tout le chemin qu’ils ont parcouru jusqu’ici.

Parce que quels que soient les risques que ces traitements peuvent représenter pour sa santé, et dont le coq s’inquiète, elle estime qu’à côté de la souffrance d’une vie vide d’enfant, c’est si peu de choses.

Parce que ce qui la tient aujourd’hui, c’est d’imaginer ce poussin tant attendu arriver, de le voir dans les bras de son papa, de son »beau-papa », de ses grands-parents, de ses tonton et tata, de la p’tite bouille, de l’ex-baleineau, de tous ces gens qu’ils aiment si fort, et qui l’aiment si fort déjà, ce tout petit, avant même qu’il soit là.

Parce qu’on lui a souvent dit qu’un jour, le vent finissait par tourner.

Bonheur

La poulette qui maudissait Facebook (…et les Pb)

« Le blues avant accouchement y’en à marre !!!!! Pffff pire qu’une madeleine …. Si quelqu’un a une solution je suis preneuse…. »

Voilà ce que la poulette a lu sur FB en rentrant de week-end ces jours-ci.

Alors ma cocotte, si tu veux, on échange. Vas-y. Prends la vie de la poulette. Prends le ventre qui est plein aussi, mais pas d’un enfant, juste de la peur de ne jamais en avoir ; prends le cœur gros de peine et de doutes ; prends les examens douloureux, les traitements lourds, le masque à porter, l’attente, l’angoisse, la souffrance lors des échecs, les frais médicaux…allez, prends tout, prends tout, c’est cadeau!

Tu n’auras plus besoin de te demander pourquoi tu pleures comme une madeleine :  tu sauras. Tu n’auras plus besoin de te demander s’il y a une solution : il n’y en aura pas.

Pffff.

La poulette et les vacances (forcées)

Dimanche 22 Juin. Journée estivale. Les fenêtres sont ouvertes, les gens sont dans les jardins, il y a une odeur de barbecue et de vacances dans l’air.

Et en parlant de vacances, certains les prennent plus tôt que les autres. C’est le cas de l’ovaire gauche. Ce grand travailleur, qui a toujours fait ses preuves jusqu’ici et boosté son voisin de droite, semble avoir posé ses congés en avance. Pourtant la poulette est en traitement depuis des semaines…et après avoir failli péter un câble suite aux effets secondaires du Synarel, mourir de désespoir lorsque Dr Fiv lui a prolongé le blocage d’une semaine et demie, après avoir du louer un lève-palette pour porter les 12 tonnes de boites de Ménopur nécessaires à ses injections quotidiennes, faire appel aux déménageurs de l’extrême pour les transporter jusqu’à son appartement, créer une pièce en plus pour les stocker, transformer son salon en poste de soins et son ventre en nuancier décoratif (camaieu de bleu, violet, jaune…au choix) pendant 10 jours…après tout ça, donc…chez la poulette, ce dimanche, ça sent plutôt le roussi que le barbec. Miss Sond’écho voit bien des follicules sur la braise, des très jolis même, mais pas assez. On observe une belle percée de la droite, mais à gauche, ça roupille (qui j’entends dire que c’est d’actualité?!…).

Joint sur son lieu de vacances, l’ovaire gauche fait l’innocent (genre, il savait pas). « Quoi? y’avait une Fiv? j’étais pas au courant! si j’avais su, j’aurais décalé mais là…j’suis désolé, j’peux rien faire de plus… ».

Pour la Fiv 3, c’est grillé (comme les saucisses sur le barbec…sauf que cette fois, on aura juste eu le droit de préparer, mais pas de déguster). On arrête tout et on envoie tout le monde en vacances jusqu’à Septembre.

La poulette déteste les vacances.

 

La Fiv n°2 de la poulette : Tec (Transfert d’Embryons Congelés)

Les embryons soldats du froid furent finalement rappelés mi-avril…

La poulette savait qu’ils avaient quitté la banquise dès réception de l’ordre de mission, mais comme ils n’avaient aucun moyen de communication durant le voyage, c’est avec la boule au ventre qu’elle se rendit sur place…

Après avoir bravé des conditions de décongélation climatiques extrêmes, être passés par des cathéters chemins escarpés, ils arrivèrent chez la poulette entiers, mais tout de même légèrement affaiblis. Luther Russe se tenait prêt depuis des semaines, impatient. Il s’était gavé en cachette de Vitamine E et d’Aspégic nourrisson pour être au top de sa forme le jour J…sa récente petite séance devant la caméra lui avait redonné une meilleure image de lui-même…avec tout ça, il se sentait confiant.

Quand le jour J arriva, la poulette décida de laisser faire Luther. Cette fois-ci, pas d’ostéopathie, pas d’acupuncture…trop de temps, trop d’argent, trop de gens…trop MARRE de tout ça. Lâchez-lui la grappe. Laissez-la -essayer de- féconder respirer en paix. MARRE. Donc cette fois, juste elle, Dr Fiv, Luther, et les deux petits embryons rescapés du froid. Nobody else. Private business.

« C’est pourquoi, elle voudrait, enfin si je le permets…déjeuner féconder en paix… »…tut tut, tut tut, tut tut…tudududuuuu, dududuuu…-violons-

Quand le quotidien rattrape la poulette

Février 2014

En pleine période de stim’ pour sa Fiv n°2, la poulette passe l’après-midi avec deux de ses collègues et leurs bébés de quelques mois. A l’heure de se piquer, la poulette, un peu à l’écart,  sort ses petites affaires et s’exécute…au moment où l’aiguille traverse ses plumes, à l’autre bout de la pièce, l’une des collègues prend en photos les deux petites filles côte à côte sur le canapé.

La poulette réprime difficilement ses larmes. Si tout s’était passé « normalement » pour elle aussi, son poussin à elle serait également sur cette photo, et il serait même bien plus grand.

Avril 2014

– Réunion d’équipe au travail de la poulette. On parle d’un projet laissé à l’abandon depuis un moment, que les grossesses des collègues n’ont pas permis de relancer. L’une des pédiatres du service dit : « Maintenant que vous êtes TOUTES devenues mamans, que vous êtes TOUTES revenues, on va peut-être pouvoir s’y remettre »…

Ce « TOUTES » qui fait si mal.

– Sortie de la même réunion, avec un groupe de collègues. Ca parle coupe menstruelle, contraception et période indisposée du mois. On discute du fait d’enchaîner les plaquettes de pilule pour ne pas être indisposée. L’une dit : « ouais mais bon, c’est la pilule, quoi…Violette, elle aime pas ça, les hormones… ». Une autre dit : « ben sinon tu mets un stérilet en cuivre »…la poulette fait une petite cabriole verbale pour s’extirper de cette conversation surréaliste.

Les hormones…si vous saviez…un stérilet…si vous saviez…(la poulette, elle est farcie aux hormones, et elle a un stérilet naturel intégré…il est même pas en option, mais de série! elle a été livrée avec! et c’est gratuit, garanti à vie, en plus!!!…)

Vis ma vie de poulette infertile.

 

La poulette fait son cinéma

Après les récents évènements, en attendant le retour des petits soldats du froid, la poulette ne pouvait s’empêcher de se demander si tout tournait bien rond, si Luther Russe allait vraiment bien, et s’il serait capable de retenter « le job »…

C’est ainsi que, ayant besoin d’en avoir le cœur net, elle décida de le soumettre à une hystéroscopie un interrogatoire filmé.  Elle envoya un mail à Dr Fiv, qui lui répondit, dans le quart d’heure, qu’il était partant…

C’est ainsi que Dr Fiv, un matin de Mars, attrapa son matériel de torture sa caméra et prit les commandes du film. Il demanda à Luther de dire bonjour à la caméra…Luther obtempéra, bombant l’endomètre le torse, répondant à toutes les questions, et se montrant tout beau, tout fort, tout propre, tout rouge/rose, tout bien comme il faut…

C’est ainsi que la poulette, un matin de Mars, fut (un peu) rassurée de son aptitude à accueillir les petits soldats du froid…

…mais qu’il lui semblait douloureusement loin et incertain, encore, le moment de leur retour…

La Fiv n°2 de la poulette – Fin de combat et perspectives d’avenir

14 jours après le retour du front, une riposte surprise a terrassé les deux vaillants petits embryons soldats…Luther a fait tout ce qu’il a pu, mais il n’a pas réussi à les sauver…le combat s’est terminé dans un bain de sang.

La poulette a accueilli la nouvelle avec un certain fatalisme. « Fatalisme », pas dans le sens démissionnaire du terme, plutôt dans le sens d’absence de maitrise des choses et de l’histoire…car à force de combats et de défaites, elle commence à intégrer le fait qu’il lui faut simplement attendre que ce soit leur heure, avec le coq…et que manifestement, celle-ci n’est pas encore venue. La seule chose qu’elle espère (oui, de l’espoir elle en a) c’est qu’elle viendra un jour…car il n’y a jamais de certitude. En Fiv peut-être encore moins qu’ailleurs. On connait les probabilités…on sait qu’on peut être du mauvais côté…même si on prie très fort pour ne pas l’être, et qu’on essaie de se surpasser à chaque combat pour passer de l’autre côté.

Tout de suite, comme pour conjurer le mauvais sort, la poulette a envisagé la prochaine offensive. Elle a organisé son plan d’attaque. Elle a demandé à ce qu’on fasse revenir les deux embryons soldats partis en mission sur la banquise…Dr Fiv lui a dit qu’ils devraient être là d’ici Avril. Le voyage de retour passant par des territoires à haut risque (« Décongélation », une zone extrêmement dangereuse) elle en tremble déjà…

L’ennemi a triomphé, une fois de plus. La poulette est fatiguée. La poulette est usée…mais elle ne baisse pas les bras. Sa vengeance sera TERRIBLE. Un jour, elle lui fera la peau.

 «C’est une folie d’haïr toutes les roses parce qu’une épine vous a piqué, d’abandonner tous les rêves parce que l’un d’entre eux ne s’est pas réalisé, de renoncer à toutes les tentatives parce qu’une a échoué…
C ‘est une folie de condamner toutes les amitiés parce qu’une vous a trahi, de ne croire plus en l’amour juste parce qu’un d’entre eux a été infidèle, de jeter toutes les chances d’être heureux juste parce que quelque chose n’est pas allé dans la bonne direction. »
« Il y aura toujours une autre occasion, un autre ami, un autre amour, une force nouvelle. Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ…». (« Le petit prince »)

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La Fiv n°2 de la poulette – Stimulation

Pour cette nouvelle saison, on retrouve la poulette dans les tranchées. En observant bien la scène, on dirait que la première bataille d’une longue série est sur le point de s’achever…

Elle aura été rude, pourtant. Il aura fallu 14 jours de lutte acharnée pour en voir le bout. A chaque avancée, la poulette et son armée auraient pu être atteints par une prise de sang pourrie bombe, un kyste missile, ou marcher sur une mine. L’ennemie, Tilité, (Infer, de son prénom), tapie dans l’ombre, sournoise, a résisté. Les premiers temps, Oestra Diol n’a pas osé monter au front. Il est resté en retrait, comme toujours, craintif…le Lundi 3 Février, quand on lui a demandé des comptes après 5 jours de stimulation  combat, il a avoué péniblement « 64 », tout penaud. Il a réclamé des munitions supplémentaires pour prendre confiance en lui…on lui a expliqué qu’il bénéficiait déjà des doses maximales de Ménopur meilleures armes qui soient et qu’il devait apprendre à mieux s’en servir…deux jours plus tard, avec un petit « 210 », il a commencé à s’affirmer doucement. Deux jours plus tard encore, une semaine après le début des injections du combat, il a trouvé ses marques, brandissant fièrement un « 658 »…

C’est alors que les choses ont commencé à bouger. Le Vendredi 7 Février, Dr Fiv a réuni les troupes pour faire un point : on a regardé les ovaires de plus près (Miss Sond’écho a aidé un peu), et on a constaté une chose inespérée : non seulement ils étaient motivés, mais en plus, il étaient vraiment DEUX. Parce qu’avant, l’ovaire droit, qui a toujours eu un petit côté endométriosique rebelle, s’était chaque fois montré réfractaire à toute consigne…(mais ça, c’était avant…(;) ). Cette fois-ci, ils étaient au coude à coude, serrés, déterminés, portant chacun fièrement leurs follicules matricules : « 8 » pour l’ovaire gauche, « 7 » pour l’ovaire droit.

On a donc continué sans relâche, épuisés mais volontaires. Le Lundi 10 Février, Oestra Diol, désormais plus sûr de lui que jamais du haut de son « 1979 », a terrassé tous les intrus qui se trouvaient sur son passage…si bien que le lendemain, avec 2345, il a donné envie aux ovaires de se surpasser. Dr Fiv leur a donné deux jours supplémentaires pour se préparer en vue de l’assaut final. Le Jeudi 13 Février, Oestra Diol a connu, pour la première fois, son heure de gloire : « 4092 » au compteur. Fier comme un pape. Avec lui, les ovaires ont tout donné…(et la poulette a commencé à douiller). Jusqu’à ce soir du 13, où toute la troupe a fêté sa victoire autour d’un bon shoot d’Ovitrelle d’une bonne coupe de Champagne.

Bien-sûr il y aura eu des coups de stress, des coups de fatigue (des coups d’amour, des coups d’je t’aime…), mais la seule chose qui compte, c’est la victoire. Une petite victoire avant la suite des hostilités…

Aujourd’hui, les troupes sont au repos avant de réattaquer demain…demain,  Samedi 15 Février, c’est un grand jour, une grande étape, une autre bataille pour tenter de gagner du terrain sur Tilité. La poulette n’a pas peur. La poulette n’est pas mouillée (poule-tte- mouillée…niark niark niark)(mauvais esprit qui a pensé à autre chose en lisant cette phrase…passe ton chemin!!!). La poulette a déjà vécu cette bataille par deux fois auparavant, et en est toujours sortie vivante…alors elle croise les pattes.