Il était une fois, une poulette…

Il était une fois, une poulette. Qui venait de faire sa 4ème Fiv au mois d’avril 2015. Qui avait changé de médecin et de centre, pour essayer autre chose, ailleurs…qui avait tenté tous les traitements possibles et imaginables : patchs de testostérone, capsules d’antioxydants, injections d’hormones de croissance, stim à doses de cheval, vasodilatateurs…qui avait fait tout ce qu’elle avait pu, donné tout ce qu’elle avait pu…qui avait finalement récolté, le Vendredi 17 Avril 2015,  9 ovocytes, dont 8 « utilisables », puis 4 petits embryons jolis…qui avait accueilli au creux de son cœur et de ses plumes, le Lundi 20 Avril 2015, les deux plus beaux d’entre eux, et qui avait placé tout son amour, tout son espoir, en ces deux petits points blancs sur l’écran d’échographie…cherchant du regard d’autres yeux que les siens pour les voir avec elle, les espérer avec elle…qui s’était ensuite gavée de soleil, reposée, espérant que les deux petits en profitent, et que cela leur donne envie de rester…qui avait appris que les deux autres petits embryons n’avaient pas réussi à passer le cap des 5 jours…qui avait prié, supplié, imploré, pour qu’une divinité, quelle qu’elle soit, l’entende enfin…qui avait attendu, attendu, et senti que les petits étaient partis…qui était allée faire sa prise de sang quelques jours plus tard pour confirmer le négatif qu’elle savait déjà. Qui savait aussi, alors, qu’une page douloureuse allait devoir se tourner.

Il était une fois une poulette qui venait de fêter ses 2 ans de Fiv (et 3 de Pma, et 4 de galère)…une poulette au ventre vide…une poulette blessée, de cette blessure d’humanité qu’est l’infertilité  ; une poulette pauvre, de ces milliers d’euros engloutis dans des honoraires de gynécos, d’anesthésistes, de laboratoire, de cliniques…une poulette usée, cabossée, humiliée, par ces années d’examens, de tentatives râtées, d’effraction dans son intimité, de violence dans sa féminité…une poulette qui avait perdu l’entrain et l’humour qu’elle avait au démarrage de ce blog.

Il était une fois une poulette, qui aujourd’hui, allait refermer le livre de l’histoire de la poulette et du coq. Qui n’écrirait jamais, en guise d’épilogue, « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants »…une poulette qui disait adieu à un rêve : celui de donner un papa à ses enfants, celui qu’elle avait choisi pour eux, celui qui l’avait choisie pour eux, et avec lequel elle avait fait un si long et dur chemin…une poulette qui ne mettrait jamais au monde un poussin issu du mélange d’elle-même et du coq…qui ne saurait jamais à quoi ressemblerait cet enfant, ce qu’il aurait eu d’elle, ce qu’il aurait eu de lui…

Il était une fois une poulette, qui ne mettrait peut-être même jamais au monde un poussin issu du meilleur d’elle-même…qui n’aurait peut-être jamais le droit, la chance, de lui transmettre ses gènes, un peu du sang d’un être cher trop tôt disparu…qui n’aurait peut-être jamais le plaisir de reconnaître en lui ces petites choses qui la font elle : l’habileté de ses mains, sa créativité, sa patience, la couleur de ses yeux, l’un des traits de son visage, la tâche de naissance de sa cuisse…

Il était une fois une poulette, qui ne mettrait peut-être même jamais au monde de poussin.

Il était une fois…une poulette qui avait de la peine. Trop de peine, et pas assez de ses pattes et de ses plumes pour la porter.

La poulette et les mots d’une autre

Quand parfois, les mots d’une autre nous parlent, nous touchent, nous remuent…

Merci Madame Pimpin.( http://lanatureahorreurduvide.wordpress.com/2014/12/11/la-vitre/#comments )

« Avant, j’ignorais l’existence même de la vitre. Je vivais sans trop me poser de questions, un jour heureuse, le lendemain un peu moins, ma petite existence n’ayant pas été épargnée des chagrins que l’on peut tous rencontrer dans la vie, un chagrin d’amour par ci, le deuil plus ou moins facile d’une personne âgée par là… mes joies et peines n’avaient rien de bien remarquable. Alors je ne voyais pas la vitre, je ne remarquais pas le halo de buée que mon souffle formait sur sa surface lisse, je ne sentais pas le froid qui s’en dégageait quand on s’en approche trop près. Normal, quand on est du bon côté de la vitre et qu’on n’a jamais mis les pieds dehors, on n’y voit que son propre reflet. Dehors il fait trop noir, dedans la lumière irradie.

Et puis j’ai connu le désespoir et j’ai passé plusieurs hivers du mauvais côté de la vitre. Les moments les plus difficiles étaient ceux des fêtes de fin d’année, hantée par mon bébé disparu, puis le deuxième, tourmentée par mes bras vides et l’insoutenable incertitude de ne pas savoir s’ils se rempliraient un jour pour serrer autre chose que de gentils petits fantômes d’enfants non nés ou jamais conçus. Alors c’est là qu’elle s’est matérialisée, lorsqu’à chaque fois qu’un élan de courage me poussait à tenter de regagner la lumière, je me heurtais systématiquement à la froide dureté du verre. Je voyais les autres à l’intérieur, ils riaient, passaient du bon temps, faisaient des enfants et les couvraient de cadeaux, réglaient leurs petits chagrins et savouraient leurs petites joies, machinalement sans trop s’en rendre compte. J’avais mal de les voir dedans quand le froid du dehors noir d’encre mordait mon coeur déchiré.

Je suis repassée du bon côté de la vitre surtout grâce à une chance inouïe, aussi grâce à la science, et un peu grâce à ces élan qui m’ont permis malgré les heurts de ne jamais cesser de vouloir retraverser la vitre. Mais quand on repasse du bon côté de la vitre, quand on regagne la chaleur douillette de la cheminée, que l’odeur du sapin décoré sans que l’ombre d’un vague à l’âme flotte autour de nous, la vision que l’on peut en avoir n’est plus tout à fait la même.

Si on s’approche de la vitre, ce n’est plus seulement notre reflet que l’on peut y apercevoir. En transparence, à travers la buée de notre souffle, on continue de voir ces yeux, les yeux de ceux qui errent encore dehors.

Parfois ce sont des compagnons de combat aux côté de qui on a lutté avec acharnement. Il est alors facile de leur dire avec les yeux comme on pense à eux, comme j’aimerais que vous soyez toutes au chaud pour toujours et pas seulement pour cette allégorie des fêtes de fin d’année, mais que l’odeur rêvée des petits cheveux de bébés se mette pour de bon à emplir vos petits bouts de nez trop habitués à pleurer et que vos mains caressent d’autres petites mains toutes douces.

Parfois ce sont des gens que l’on a pas connus dehors mais que l’on a observé quand ils étaient au chaud et que nos mains étaient glacées. Alors on ne peut pas faire grand chose pour ces inconnus que l’on voit se débattre comme des diables dans l’obscurité. »

Le « Liebster Award » de la poulette

Parce qu’au-delà des doutes et des petites violences quotidiennes, il faut bien continuer son chemin, et écrire parfois autre chose que du triste et du moche…(en attendant le doux et le beau…un jour peut-être…).

La poulette est peu présente sur la blogosphère, et participe rarement aux défis et autres challenges communs. Néanmoins…ayant été gentiment nominée par une copine blogueuse, ILGC( http://unbebeespoirdetoi.wordpress.com) elle s’est prêtée au jeu, avec un grand train de retard…merci d’avoir pensé à moi!

Voici donc le « Liebster Award » made in Violette :

Cite 11 anecdotes te concernant :

1) Quand j’étais petite, un jour j’ai préparé une valise (de poupée :) ) et j’ai dit à mes parents que je partais en voyage en montgolfière.

2) Je suis une amoureuse de la langue française. Les « malgré que », « la copine A ma sœur », les fautes d’accord ou le langage sms me hérissent les poils.

3) J’adore le café. D’ailleurs, je ne suis pas à 100% opérationnelle avant le premier café du matin…et il ne faut surtout pas venir me prendre la tête avant. C’est sacré.

4) Une fois, j’ai retiré 30 Euros au distributeur extérieur de mon bureau de poste. J’avais la tête ailleurs. J’ai repris ma carte bancaire et oublié de récupérer les billets. Quelques minutes plus tard, j’ai réalisé que je ne me souvenais pas avoir rangé les billets dans mon sac…j’ai décidé de revenir sur mes pas au cas où…une petite dame passée derrière moi au distributeur les avait déposés au guichet!!! (ndlr : ce jour-là, j’aurais dû essayer de tomber enceinte!!!)

5) Je déteste le vert. Y’a rien à faire. Bouh!

6) J’ai passé des années à « côtoyer » une chanteuse connue avec une bande de copines, et vécu de chouettes moments en tournée, sur les routes, dans des loges…ce sont de supers souvenirs.

7)  J’adore les cœurs. J’en mets partout. En déco dans mon appart, sur les petits mots doux que j’écris, sur les pansements,/perfusions/sparadraps des bébés que je soigne à mon travail…

8) Je suis plus « salé » que « sucré ». En cas de fringale, je rêve de pain/saucisson/cornichons, de chips ou de gâteaux apéro plus que de Nutella.

9) J’ai fait une énorme crise de vertige il y a 2 ans. Depuis, je ne dors PLUS JAMAIS sur le côté gauche.

10) J’adore cuisiner. Mon truc préféré, c’est le pain et les brioches maison…je pourrais m’asseoir devant mon four juste pour le plaisir de voir la pâte lever, dorer, en humant l’odeur délicieuse qui envahit l’appart…

11) J’ai une meilleure amie unique, à qui il arrive tout le temps toutes sortes de trucs, et qui a, entre autres, l’art de transformer les expressions connues ou d’en inventer (« en rajouter une louche », « ça t’en bouche un trou, hein?! »…etc etc).

Réponds aux 11 questions suivantes :

1- Que serait ton pouvoir magique ?

– La fertilité…(quoi? c’est pas un pouvoir magique?!!!)-. Le don d’ubiquité.

2- Quel métier voulais-tu faire étant petite ?

A 5 ans, je jouais déjà à l’infirmière sur mes poupons et poupées avec ma petite voisine, blouse et coiffe à l’appui (on a des vieux Polaroid pour preuve!)…pas de mystère, donc…

3- Quel métier voudrais-tu faire à présent ?

Le mien, et aucun autre.

4- Trois mots pour te décrire ?

Calme. Gentille. Patiente.

5- Quel est ton pire souvenir de PMA ?

La douleur des Bêta hCG négatives qui marquent officiellement la fin d’une tentative.

6- Quel est ton meilleur souvenir de PMA ?

Pas vraiment de meilleur souvenir, mais un moment préféré : celui des premiers jours qui suivent un transfert d’embryons…cette sensation d’immense espoir, d’immense douceur, ce moment où on sait qu’ils sont là, qu’on les porte en soi, que tout est encore possible…

7-Plutôt champagne ou mojito ?

Aucun des deux, je n’aime pas l’alcool et ne le supporte pas bien.

8-Quel est ton parfum, livre ou film préféré ?

J’ai plusieurs parfums favoris, que je laisse et reprends selon les saisons. En ce moment, « Petite chérie » d’Annick Goutal…en hiver, « L’eau d’ambre » de l’Artisan parfumeur…de temps en temps, « Bois farine » de l’Artisan parfumeur, ou « Musc » de Réminiscence.

10- Quel est l’activité/sport/loisir où tu excelles ?

On me dit très habile de mes mains. (ndlr : avant d’imaginer toutes sortes de choses, lecteur vicieux, lis la suite!!!). Cuisine, tricot, couture, cosmétiques naturels…j’ai toujours un truc en cours!

11- Tu veux bien me raconter une dernière anecdote sur toi ?

Pour toi ILGC, puisque nous sommes des « consoeurs », deux petites anecdotes de boulot en guise de clin d’œil.

– Il y a 1 an ou deux. C’était l’été, il faisait très très très chaud…un papa, dont la femme donnait le sein à son nouveau-né, m’a demandé très sérieusement : « Mais, avec la chaleur, son lait, y va pas tourner???! »…(!!!) (Papa Cas soc’ : 1. Puéricultrice : à terre.)

-Il y a quelques jours. Une heureuse maman de triplés au parcours éprouvant (multiples Fiv en France, plusieurs fausses-couches, puis finalement 2 Fiv-DO à l’étranger) racontait qu’on lui avait parlé d’un Saint qui était pourvoyeur de fertilité. Un jour, mettant un cierge à l’église, elle leva la tête et vit la statue du Saint en question. Elle n’avait pas de monnaie pour le cierge et laissa un billet. Elle pria. La Fiv en cours lui apporta ces trois petits bouts de vie tant attendus. <3

 

 

 

La poulette et la fête des (non) mères

Il est certains jours de l’année qui font plus mal que les autres…ceux qui prennent tout leur sens avec l’enfant : son anniversaire…Noël…la Fête des mères…

Aujourd’hui, c’est la Fête des mères…ouvrant son Facebook avec son café matinal, la poulette est assaillie de statuts souhaitant « bonne fête à toutes les mamans », citations sur la « fierté d’être mère » et autres guimauveries du genre…elle en avale son café de travers.

La poulette pense à la p’tite bouille et à la maman qu’elle sera un jour…elle pense à ses collègues et amies qui vivent en ce jour leur première fête des mères avec leur enfant ; elle pense à cette autre collègue, un peu perdue, qui devra bientôt décider si elle la fêtera ou non d’ici un an…elle pense à toutes ces mamans croisées au boulot, qui la fêteront en famille…elle pense à toutes les « copines » en attente, comme elle, pour qui cette journée est remplie du vide et de l’absence de cet enfant qui n’est pas.

La poulette verse une larme sur un petit sms doux de la p’tite bouille, qui n’a pas besoin qu’elle le lui dise pour savoir combien ce jour peut être douloureux.

Aujourd’hui, c’est la Fête des mères…pour la poulette, c’est surtout la Fête des non-mères, et c’est pas qu’aujourd’hui, mais tous les jours de l’année.

 

 

Quand le quotidien rattrape la poulette

Février 2014

En pleine période de stim’ pour sa Fiv n°2, la poulette passe l’après-midi avec deux de ses collègues et leurs bébés de quelques mois. A l’heure de se piquer, la poulette, un peu à l’écart,  sort ses petites affaires et s’exécute…au moment où l’aiguille traverse ses plumes, à l’autre bout de la pièce, l’une des collègues prend en photos les deux petites filles côte à côte sur le canapé.

La poulette réprime difficilement ses larmes. Si tout s’était passé « normalement » pour elle aussi, son poussin à elle serait également sur cette photo, et il serait même bien plus grand.

Avril 2014

– Réunion d’équipe au travail de la poulette. On parle d’un projet laissé à l’abandon depuis un moment, que les grossesses des collègues n’ont pas permis de relancer. L’une des pédiatres du service dit : « Maintenant que vous êtes TOUTES devenues mamans, que vous êtes TOUTES revenues, on va peut-être pouvoir s’y remettre »…

Ce « TOUTES » qui fait si mal.

– Sortie de la même réunion, avec un groupe de collègues. Ca parle coupe menstruelle, contraception et période indisposée du mois. On discute du fait d’enchaîner les plaquettes de pilule pour ne pas être indisposée. L’une dit : « ouais mais bon, c’est la pilule, quoi…Violette, elle aime pas ça, les hormones… ». Une autre dit : « ben sinon tu mets un stérilet en cuivre »…la poulette fait une petite cabriole verbale pour s’extirper de cette conversation surréaliste.

Les hormones…si vous saviez…un stérilet…si vous saviez…(la poulette, elle est farcie aux hormones, et elle a un stérilet naturel intégré…il est même pas en option, mais de série! elle a été livrée avec! et c’est gratuit, garanti à vie, en plus!!!…)

Vis ma vie de poulette infertile.

 

Chronique d’une poulette en blouse blanche

Sa résolution de l’année étant de re-fiver, jusqu’à ce que mort s’en suive le succès vienne enfin couronner ses/leurs efforts, la poulette a repris allègrement les sniffades…et en attendant que ça bouge, elle s’occupe.

La poulette a rencontré récemment une sage-femme ostéopathe qui, au cours d’un rendez-vous « surprenant », lui a remis les idées bien en place…(et accessoirement, deux ou trois autres petites choses…). Elle projette de revoir Dr Acupuncture sous quinzaine, quand le temps sera venu de faire péter le champagne les premières injections…

La poulette a appris récemment que la formation qu’elle convoitait avait enfin été acceptée (ô miracle!), et qu’elle aurait donc la joie de partir en formation 3 jours fin-janvier, pour perfectionner ses connaissances/expériences de portage de poussins en écharpe et posséder enfin le titre de « Monitrice certifiée ».

En attendant, la vie continue à la maternité de la poulette.

Des jumelles naissent et restent 10 jours à la maternité parce qu’elles n’ont pas de maison où rentrer. Des jumeaux naissent et restent 1 mois dans son service parce qu’ils n’étaient pas attendus et qu’on ne sait pas si leurs parents sont capables de veiller à leurs besoins….(la veille de leur départ, la mère achève l’équipe en demandant si elle peut leur donner de la compote ou de la marmelade…). Une mère s’enfuit de la maternité sans son bébé parce qu’elle a peur de rentrer chez elle, auprès d’un mari pas très tendre. Des parents font la grasse-mat tous les matins et se soucient de leur bébé à partir de 17h seulement.

Et puis ces dernières semaines, la maternité de la poulette innove avec un concept exclusif : après la « Maternité amie des bébés »,  la « Maternité SANS LAIT ». Tu ne verras ça nulle part ailleurs. Plus de lait pour les bébés. Rien, nada, les tiroirs sont vides. C’est un peu comme une nouvelle version d’Halloween, mais en plein janvier : « Du lait ou la vie ». « Le sein, ou…rien ». En cette période de pénurie, c’est la guerre. Si par miracle, la poulette en blouse blanche met la main sur quelques flacons rescapés du précieux breuvage, elle les planque subrepticement dans ses poches/dans son vestiaire/dans un coffre-fort et les distribue avec parcimonie aux affamés qui braillent/hypoglycémiques qui défaillent plus nécessiteux. Et tant pis si les petits moustiques de 2 Kg sont alimentés avec le lait des gros poussins de 4 Kg. Et tant pis si la prescription médicale spécifiait que ce poussin-là devait recevoir ce type de lait-là…on lui donne ce qu’il reste. Personne ne cherche/trouve de plan B…mais le pire, c’est que personne n’a l’air de s’en soucier.

La « Maternité SANS LAIT », un concept VRAI. C’est inédit, c’est inouï, et c’est ici.

Et pour 2014, la maternité de la poulette planche sur un autre concept : la « Maternité SANS COUCHES ». (quelques week-ends de test déjà effectués en 2013).

La poulette mange des crêpes

Depuis que la poulette a créé son blog, elle a observé plusieurs types de réactions.

D’abord, il y a les fidèles, ceux qui sont là au quotidien, qui n’ont pas appris grand chose sur le blog (puisqu’ils sont au courant en temps et en heure, bien avant un éventuel article), mais qui soutiennent coûte que coûte. Ceux-là sont très peu nombreux, mais c’est justement en cela qu’ils sont précieux.

Ensuite, il y a les concernés…les copines du net, les copines de galère, qui vivent la même injustice, le même combat, qui se reconnaissent sûrement dans le blog et qui encouragent l’initiative autant qu’elles supportent le parcours. 

Ensuite encore, il y a les occasionnels, ceux qui survolent la situation, trouvent le blog sympa, se penchent dessus ponctuellement et envoient de temps à autre une petite pensée sincère. 

Enfin, il y a les absents. Ceux qui n’ont eu aucune réaction, n’ont pas plus compris (ou en tout cas, l’ont bien caché), et qui, blog ou pas blog, restent définitivement silencieux. C’est ainsi.

Et puis…il y a les inattendus. Ceux qu’on aurait pu croire dans la catégorie précédente. Ceux qui semblaient indifférents, qui ne se sont jamais trop manifesté, ou de manière très discrète, mais qui, par la lecture du blog, ont percuté et répondent présents. Ces derniers sont une bien jolie surprise.

C’est ainsi qu’un jour de repos, vers la fin-mai, entre midi, la poulette reçoit un sms lui demandant si elle est déja sortie de chez elle. La poulette avoue que, vu le temps de chiotte, entre deux averses de grêle, non, elle n’est pas encore sortie, et a du mal à trouver le courage de le faire. L’expéditeur du sms habitant dans les environs, elle imagine aussitôt le pire dehors : une catastrophe naturelle à Poulette’land. UN INCENDIE!!!!! le quartier entier pris par les flammes, le ballet aérien des canadaires…la poulette sent une odeur de brûlé dans son appartement, elle roule des serviettes humides pour calfeutrer portes et fenêtres…UNE TORNADE!!!!! les arbres arrachés, les toits qui s’envolent…la poulette entend déja le vent souffler, elle aperçoit dans le ciel le tourbillon gris, comme dans « Twister », elle court s’enfermer dans l’abri souterrain…UN TREMBLEMENT DE TERRE!!!!! les immeubles qui s’effondrent, la poussière de béton dans l’air…la  poulette voit les murs trembler, les objets tomber des étagères, elle se cache sous sa table basse. UN TSUNAMI!!!!!!  les vagues gigantesques, les voitures qui flottent dans sa rue…la poulette entend le clapotis de l’eau qui monte dans sa cage d’escalier, elle se réfugie sur le toit de son immeuble et attend l’évacuation par hélicoptère…

Et puis…ouvrant la porte de son appartement…elle découvre simplement un petit paquet sur son paillasson. Un petit paquet tout long, tout mou, accompagné d’un message : « Pour Violette, histoire de lui donner un peu de baume au coeur ». Elle ouvre le paquet : des crêpes. Mais des crêpes immenses…tellement immenses qu’elle pourrait s’en faire une cape à drapper sur son corps de poulette…des crêpes douces et moelleuses….tellement moelleuses qu’elle en prend une pour enrouler autour de son coeur, lui offrant une protection molletonnée contre les chocs qui l’attendent encore…des crêpes délicieuses avec de vrais grains de vanille, et de la fleur d’oranger…tellement délicieuses qu’elle en manque de croquer la dernière…et son coeur avec.

Soudain, le feu est éteint, le vent est tombé, le sol a fini de trembler, la mer s’est retirée.

La poulette et le baleineau qui tricote

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Le baleineau étant au repos forcé depuis quelques temps, le temps lui parait bien long. Plus de nage en eaux troubles, plus de sauts en famille, plus de plongeon entre chéris…le spectacle du cétacé échoué sur son canapé rivage est quelque peu navrant. Il a la nageoire défaite, l’aileron frippé. Il commence même à prendre quelques atttitudes vicieuses (comme se laisser lentement couler de désespoir devant « Une famille en or », tous les soirs, en jogging et veste polaire…). Il faut lui trouver très vite des occupations dignes de ce nom avant que sa couleur naturelle de peau (blonde) et son état actuel  ne grillent définivitement ses derniers neurones restants.

Mordue du tricot, la poulette se dévoue donc pour lui en apprendre les rudiments.

Et crois-en la poulette, le baleineau qui apprend à tricoter, c’est un évènement planétaire (t’as déja vu un baleineau avec des aiguilles au bout des nageoires? non? ben c’est pô triste!). De ceux qui ne se produisent qu’une fois par siècle. De ceux pour lesquels on en réfère à l’ASN – l’Autorité de Sûreté Nucléaire – . En plus, ces jours-ci, c’est inspection…faut tricoter filer droit.

Le baleineau a un repose-pelotes intégré, qui lui va de dessous la poitrine nageoire avant à la poupounette nageoire caudale. Pratique pour tricoter! (il a fait l’investissement il y a quoi…environ 7 mois?…c’était une vente flash, une offre  « demain chez vous » …il s’est équipé en 2 temps, 3 mouvements. A l’installation, il a eu un peu de mal à s’y habituer, mais maintenant il s’en accommode à merveille).

Etape n°1 : monter les mailles (toi aussi, apprends à compter avec le baleineau!). Pour cela, un petit jeu de doigt habile avec le fil…et hop! Au début, c’est ardu. Le baleineau est pataud . Il a la précision d’un cachalot. Mais il est persévérant.

Etape n°2 : apprendre à tricoter le point avant. Le baleineau est tellement concentré qu’il en est crispé (hey! faut s’détendre de la maille, un peu!)…au bout de quelques rangs, tout fier, il montre son travail à la poulette, qui inspecte…problème : on ne sait trop pourquoi, on ne sait trop comment, il a rajouté une douzaine de mailles au nombre initial. L’air de rien, en plus! (trop fort, ce baleineau!). La poulette est cruelle. Son verdict est sans appel : on recommence à zéro. Le baleineau a le corps coeur gros. Il ne veut pas voir ça. Il se cache les yeux avec sa nageoire. Le soir qui suit, il réitère. Mais il galère. Il fait et défait son ouvrage, en vain…son aileron s’entortille dans ses aiguilles. De la fumée sort de son évent…il envoie une fusée un sms de détresse à la poulette, qui lui recommande de reprendre plus tard, à nageoire reposée.

Etape n°3 : apprendre à tricoter le point envers. Le baleineau est tout excité. Il frétille des aiguilles. S’étant appliqué, il a enfin réussi à obtenir un résultat PARFAIT. Il est donc prêt pour la suite. La poulette explique la technique : tu prends la maille par derrière, tu passes au dessus, puis tu la lâches (non, c’est pas sexuel!!! t’as ENCORE les idées mal placées!!!…ceci étant, la poulette se fait secrètement la réflexion qu’après des jours d’abstention forcée, ça parlerait peut-être bien au baleineau…?!).  Au bout d’un moment, le miracle se produit : le baleineau a compris. Il se détend. Il fait même des « Yeah iiii Yeah iiiii Yeah » sur One direction en passant ses mailles. Il faut dire qu’en peu de temps, il a développé une habileté impressionnante. Il a trouvé son rythme de croisière. Il gère.

Ce soir-là, quand la poulette quitte le baleineau, elle rend son rapport à l’ASN : tout va bien, on a échappé à la catastrophe. Les pressions sont redescendues, la situation est sous contrôle. On est à l’abri du danger. Elle se permet quand même de préciser que si tout allait bien lors de sa présence sur les lieux, elle décline toute responsabilité quant à ce qui pourrait se produire après son départ du site.

Conclusion du rapport : le baleineau qui tricote, ça dépote! 😉

Ndlr : en vue de la rédaction de ce billet, la poulette a dû réviser l’anatomie de la baleine (même qu’elle est persuadée que toi, tu savais même pas qu’le trou qui sert à la baleine pour respirer, ça s’appelle un « évent »…avoue!!!). Oui oui, tu peux souligner l’effort.

 

 

 

Joyeux anniversaire, le coq!

Aujourd’hui, le coq a 34 ans. 34 ans, et toutes ses dents (oui, le coq de la poulette, il a des dents…une objection?!).

Happy birthday, the coq! :)

Le coq se dit peut-être que la poulette est avare de poussin. Ca fait 2 ans qu’elle lui promet un poussin, et qu’il ne voit toujours rien venir…c’est vrai, le coq. Mais tu ne croyais quand même pas, le coq, qu’avec une poulette qui ne fait rien comme les autres, ça allait être si simple?! non non non! (and I said, nooooo, nooooo, no’). 

Vois-tu, le coq, un poussin, ça se mérite. Il faut être bien sage, bien patient, bien persévérant (jusqu’ici, le coq, tu as tout bon…quoi que sur le premier point, on ne sait pas trop, en fait…) ; un poussin, ça s’aaaaatteend… (=voix chevrotante de vieille poulette croulante qui a déjà tant attendu…) ; un poussin, ça s’espèèèèèèèère… (=voix chevrotante+signe de croix+allumage de cierge+ouverture de missel…)

La poulette te transmet, le coq, que si elle te fait tellement attendre, c’est pour qu’il soit vraiment PARFAIT, ce poussin…(même qu’à ce tarif-là, il sera tout rose, tout beau, tout habillé, déjà propre et fera déjà ses nuits…ouaip!).

Alors QUAND, COMMENT, POURQUOI, ça, la poulette, elle ne sait pas…(si quelqu’un sait…qu’il parle…ou se taise à jamais!)

Mais ce jour là, le coq…ça sera tellement bon…que tu seras comme un coq…en pâte.

 

Pourquoi la poulette fait son blog

Depuis qu’elle est concernée par l’infertilité, la poulette se fait beaucoup de plumes blanches. Parce que l’infertilité, c’est un peu une usure prématurée. Une forme particulière d’arthrose.

La poulette a de l’arthrose des pattes. Elle qui était une poulette musicienne a les doigts rouillés…son piano s’est tu, au fur et à mesure que la partition de l’espoir devenait difficile à déchiffrer.

La poulette a de l’arthrose du cerveau. Son traitement actuel n’est pas efficace. Depuis 2 ans, son esprit est comme ankylosé. Parfois, ça pèse même sur les articulations voisines (« relations », « boulot »…). Elle a tenté plusieurs infiltrations jusqu’ici, mais ça ne dure qu’un temps, le mal revient toujours. En cours de route, elle en a perdu certaines connexions ( comme celles de la visibilité à moyen et long terme, de l’estime de soi, de la prise de recul, de son identité de femme poulette,  de son aptitude au bonheur…). Le problème, c’est qu’elle ne peut se résoudre à supprimer définitivement la partie malade de son cerveau…elle ne serait plus elle-même.

La poulette a de l’arthrose du coeur. Elle a du mal à gerér ce qu’elle ressent (des fois, elle en a même honte). Ca fait très mal à la mobilisation. Du coup, elle a placé une camisole autour, pour protéger autrui, pour se protéger elle-même….elle s’est éloignée de certaines personnes qu’elle apprécie, parce qu’elle a l’impression d’évoluer dans un autre monde, un monde à part, qu’elle ne peut partager avec elles. Parce qu’il y a dans ce monde-là trop de questions, trop de doutes, trop de larmes, trop d’impuissance, trop de colère, et qu’elle a peur de leur jeter, involontairement, ce « trop » à la figure…à elles qui n’y sont pour rien, mais à qui elle en veut un peu, quelque part, d’évoluer dans leur monde plus doux, plus beau.

Quand la poulette décide de faire son  show blog, elle est bien consciente que c’est une démarche très narcissique. Elle est bien consciente que ça peut étonner, voire déplaire. Elle est bien consciente qu’on peut peiner à comprendre l’énergie surhumaine qu’elle déploie dans cette quête désespérée, et celle qu’elle n’a, par conséquent, plus (ou moins) pour le reste.

Mais au delà de ça,  en mettant des mots sur tout ça, la poulette y voit une manière d’exorciser tous ses démons, de casser le malaise, pour essayer de garder la tête hors de l’eau. Parce qu’elle a beau être une bonne nageuse, faire la maline sur sa planche de métaphores, user de sa bouée de sarcasmes et de calembours, faut pas croire…y’a des jours où elle est à deux doigts de se noyer. L’infertilité, c’est hardcore. Une des transats les plus hardcore qu’elle ait connues (pourtant, en matière de hardcore, elle a déja eu sa dose. Elle pensait naivement que c’était fini).

Au delà de ça, c’est une façon d’expliquer, par moyen détourné, de répondre pudiquement aux questions qu’elle n’a plus la force d’accueillir…une manière de faire un pas vers l’autre…vers l’amie couveuse qu’elle a fui parce  qu’elle ne voulait pas lui infliger le spectacle désolant de ses larmes face à son ventre rond vers celle qu’elle n’a pas essayé de voir depuis plus de 2 ans parce que sa couvée proliférante et adorable lui rappelle son incapacité personnelle à couver ; vers celles, qui sont plus loin, et qu’elle ne rappelle plus, parce qu’elle n’a plus le courage ni l’envie de leur avouer les (non) évolutions de son poussinage laborieux… ; vers la collègue sur laquelle elle a froidement tiré un rideau depuis l’annonce de sa couvaison parce qu’elle a été la dernière, la couveuse qui fait déborder le vase…vers l’ancienne collègue qui, sur un chemin similaire, a eu la chance d’emprunter un raccourci qu’elle même ne parvient pas à trouver…vers le coq qui, malgré tous ses efforts, ne saisit probablement pas toujours ce qui peut se passer dans sa tête…et bien-sûr, vers la p’tite bouille qui navigue avec elle au quotidien, mais doit avoir parfois tant de mal à suivre le cap.

Alors, évidemment, ça n’excuse rien. La poulette le sait. Elle a des torts. Elle a un travail à faire sur elle-même…mais ce blog, pour la poulette, c’est déja un petit début. Un tout petit début de quelque chose.