La poulette et le p’tit monsieur de la Porte Maillot

Quand on est pris dans la spirale infernale de l’AMP, le quotidien n’est pas tendre. La poulette le sait bien.

Les repères ordinaires sont faussés. La poulette, par exemple, en a presque oublié que dans la vie normale des gens normaux, on se fait du bien, et on a un bébé…parce qu’en AMP, on se fait du mal, et on n’a pas de bébé.

Les mots anodins sont assassins. La poulette, par exemple, en a presque oublié que dans la vie normale des gens normaux, l’annonce d’une grossesse chez une connaissance, qu’elle soit proche ou non, est un évènement heureux…parce qu’en AMP, à chaque fois, cette annonce, c’est celle d’un deuil, celui du rêve d’un enfant conçu comme tout le monde. Aussi vite que tout le monde. Aussi facilement que tout le monde. Dans la même intimité que tout le monde. Mais non.

Les émotions ordinaires sont décuplées. La poulette, par exemple, en a presque oublié qu’avoir ses règles, dans la vie normale des gens normaux, c’est pas l’apocalypse…parce qu’en AMP, c’est Tchernobyl, Katrina, Fukushima, l’Erika, le Tsunami, la Shoah et le 11 Septembre réunis, à puissance 1000.

Du coup, il faut trouver des subterfuges, rivaliser d’astuces pour retrouver un peu de douceur dans le quotidien.

Aussi, quand Violette la poulette, en période de bourgeonnement intensif, court, vole, nage (si tu vois passer une fusée violette et que tu as les veuch’ qui se dressent sur ta tête comme dans les pubs Vivelle Dop, nul doute, c’est elle!) un jour sur deux, à l’aube, vers son labo à l’autre bout de Paris (parce que quand t’as du aller au bout du monde à cause d’un jour férié, après, t’es coincée là jusqu’à la fin! petite veinarde!), sans avoir préalablement avalé son engrais café du matin (café pas pris, taux pourri?…), le fait de savoir qu’elle va croiser, sur son chemin, l’échoppe du p’tit monsieur de la Porte Maillot, c’est déja de la douceur. Le fait de sentir, sitôt sortie de la rame du métro, les effluves de ses viennoiseries juste sorties du four, c’est encore plus de douceur. Le fait d’arriver à la bonne sortie, de passer devant et de savoir qu’elle s’arrêtera au retour, c’est une extrême douceur. Le fait de revenir 1/4 d’h plus tard, mission accomplie, avec 2 litres de sang en moins (suite à son speed dating avec un vampire aseptisé), au bord de l’apoplexie (le film de sa vie qui défile, la lumière blanche au bout du tunnel, l’âme qui flotte au dessus du corps, blablabla…), réfléchissant déja à son épitaphe, et de pouvoir mettre ses mains glacées de mal b… (rhhooo!) réveillée autour d’un gobelet fumant , c’est 1 tonne de douceur. Puis enfin, le fait de trouver en même temps sa viennoiserie préféree, le chausson, mais…A LA FRAMBOISE, le goût de ses années étudiantes à Nanterre…c’est comme une madeleine de Proust : 16 ans de moins, de la douceur  à l’état pur.

Après l’effort, le réconfort.

Merci le p’tit monsieur de la Porte Maillot.

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