La poulette et les mots d’une autre

Quand parfois, les mots d’une autre nous parlent, nous touchent, nous remuent…

Merci Madame Pimpin.( http://lanatureahorreurduvide.wordpress.com/2014/12/11/la-vitre/#comments )

« Avant, j’ignorais l’existence même de la vitre. Je vivais sans trop me poser de questions, un jour heureuse, le lendemain un peu moins, ma petite existence n’ayant pas été épargnée des chagrins que l’on peut tous rencontrer dans la vie, un chagrin d’amour par ci, le deuil plus ou moins facile d’une personne âgée par là… mes joies et peines n’avaient rien de bien remarquable. Alors je ne voyais pas la vitre, je ne remarquais pas le halo de buée que mon souffle formait sur sa surface lisse, je ne sentais pas le froid qui s’en dégageait quand on s’en approche trop près. Normal, quand on est du bon côté de la vitre et qu’on n’a jamais mis les pieds dehors, on n’y voit que son propre reflet. Dehors il fait trop noir, dedans la lumière irradie.

Et puis j’ai connu le désespoir et j’ai passé plusieurs hivers du mauvais côté de la vitre. Les moments les plus difficiles étaient ceux des fêtes de fin d’année, hantée par mon bébé disparu, puis le deuxième, tourmentée par mes bras vides et l’insoutenable incertitude de ne pas savoir s’ils se rempliraient un jour pour serrer autre chose que de gentils petits fantômes d’enfants non nés ou jamais conçus. Alors c’est là qu’elle s’est matérialisée, lorsqu’à chaque fois qu’un élan de courage me poussait à tenter de regagner la lumière, je me heurtais systématiquement à la froide dureté du verre. Je voyais les autres à l’intérieur, ils riaient, passaient du bon temps, faisaient des enfants et les couvraient de cadeaux, réglaient leurs petits chagrins et savouraient leurs petites joies, machinalement sans trop s’en rendre compte. J’avais mal de les voir dedans quand le froid du dehors noir d’encre mordait mon coeur déchiré.

Je suis repassée du bon côté de la vitre surtout grâce à une chance inouïe, aussi grâce à la science, et un peu grâce à ces élan qui m’ont permis malgré les heurts de ne jamais cesser de vouloir retraverser la vitre. Mais quand on repasse du bon côté de la vitre, quand on regagne la chaleur douillette de la cheminée, que l’odeur du sapin décoré sans que l’ombre d’un vague à l’âme flotte autour de nous, la vision que l’on peut en avoir n’est plus tout à fait la même.

Si on s’approche de la vitre, ce n’est plus seulement notre reflet que l’on peut y apercevoir. En transparence, à travers la buée de notre souffle, on continue de voir ces yeux, les yeux de ceux qui errent encore dehors.

Parfois ce sont des compagnons de combat aux côté de qui on a lutté avec acharnement. Il est alors facile de leur dire avec les yeux comme on pense à eux, comme j’aimerais que vous soyez toutes au chaud pour toujours et pas seulement pour cette allégorie des fêtes de fin d’année, mais que l’odeur rêvée des petits cheveux de bébés se mette pour de bon à emplir vos petits bouts de nez trop habitués à pleurer et que vos mains caressent d’autres petites mains toutes douces.

Parfois ce sont des gens que l’on a pas connus dehors mais que l’on a observé quand ils étaient au chaud et que nos mains étaient glacées. Alors on ne peut pas faire grand chose pour ces inconnus que l’on voit se débattre comme des diables dans l’obscurité. »

3 réflexions sur “La poulette et les mots d’une autre

  1. Ma petite Poulette, si seulement mes bras pouvaient traverser la vitre pour venir te chercher ♡ merci d’avoir partagé mes mots chez toi et merci d’avoir préservé l’intimité de ce qui devait l’être. Je suis touchée.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *