Pourquoi la poulette fait son blog

Depuis qu’elle est concernée par l’infertilité, la poulette se fait beaucoup de plumes blanches. Parce que l’infertilité, c’est un peu une usure prématurée. Une forme particulière d’arthrose.

La poulette a de l’arthrose des pattes. Elle qui était une poulette musicienne a les doigts rouillés…son piano s’est tu, au fur et à mesure que la partition de l’espoir devenait difficile à déchiffrer.

La poulette a de l’arthrose du cerveau. Son traitement actuel n’est pas efficace. Depuis 2 ans, son esprit est comme ankylosé. Parfois, ça pèse même sur les articulations voisines (« relations », « boulot »…). Elle a tenté plusieurs infiltrations jusqu’ici, mais ça ne dure qu’un temps, le mal revient toujours. En cours de route, elle en a perdu certaines connexions ( comme celles de la visibilité à moyen et long terme, de l’estime de soi, de la prise de recul, de son identité de femme poulette,  de son aptitude au bonheur…). Le problème, c’est qu’elle ne peut se résoudre à supprimer définitivement la partie malade de son cerveau…elle ne serait plus elle-même.

La poulette a de l’arthrose du coeur. Elle a du mal à gerér ce qu’elle ressent (des fois, elle en a même honte). Ca fait très mal à la mobilisation. Du coup, elle a placé une camisole autour, pour protéger autrui, pour se protéger elle-même….elle s’est éloignée de certaines personnes qu’elle apprécie, parce qu’elle a l’impression d’évoluer dans un autre monde, un monde à part, qu’elle ne peut partager avec elles. Parce qu’il y a dans ce monde-là trop de questions, trop de doutes, trop de larmes, trop d’impuissance, trop de colère, et qu’elle a peur de leur jeter, involontairement, ce « trop » à la figure…à elles qui n’y sont pour rien, mais à qui elle en veut un peu, quelque part, d’évoluer dans leur monde plus doux, plus beau.

Quand la poulette décide de faire son  show blog, elle est bien consciente que c’est une démarche très narcissique. Elle est bien consciente que ça peut étonner, voire déplaire. Elle est bien consciente qu’on peut peiner à comprendre l’énergie surhumaine qu’elle déploie dans cette quête désespérée, et celle qu’elle n’a, par conséquent, plus (ou moins) pour le reste.

Mais au delà de ça,  en mettant des mots sur tout ça, la poulette y voit une manière d’exorciser tous ses démons, de casser le malaise, pour essayer de garder la tête hors de l’eau. Parce qu’elle a beau être une bonne nageuse, faire la maline sur sa planche de métaphores, user de sa bouée de sarcasmes et de calembours, faut pas croire…y’a des jours où elle est à deux doigts de se noyer. L’infertilité, c’est hardcore. Une des transats les plus hardcore qu’elle ait connues (pourtant, en matière de hardcore, elle a déja eu sa dose. Elle pensait naivement que c’était fini).

Au delà de ça, c’est une façon d’expliquer, par moyen détourné, de répondre pudiquement aux questions qu’elle n’a plus la force d’accueillir…une manière de faire un pas vers l’autre…vers l’amie couveuse qu’elle a fui parce  qu’elle ne voulait pas lui infliger le spectacle désolant de ses larmes face à son ventre rond vers celle qu’elle n’a pas essayé de voir depuis plus de 2 ans parce que sa couvée proliférante et adorable lui rappelle son incapacité personnelle à couver ; vers celles, qui sont plus loin, et qu’elle ne rappelle plus, parce qu’elle n’a plus le courage ni l’envie de leur avouer les (non) évolutions de son poussinage laborieux… ; vers la collègue sur laquelle elle a froidement tiré un rideau depuis l’annonce de sa couvaison parce qu’elle a été la dernière, la couveuse qui fait déborder le vase…vers l’ancienne collègue qui, sur un chemin similaire, a eu la chance d’emprunter un raccourci qu’elle même ne parvient pas à trouver…vers le coq qui, malgré tous ses efforts, ne saisit probablement pas toujours ce qui peut se passer dans sa tête…et bien-sûr, vers la p’tite bouille qui navigue avec elle au quotidien, mais doit avoir parfois tant de mal à suivre le cap.

Alors, évidemment, ça n’excuse rien. La poulette le sait. Elle a des torts. Elle a un travail à faire sur elle-même…mais ce blog, pour la poulette, c’est déja un petit début. Un tout petit début de quelque chose.

 

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